L'ORIGINE DES BERBÈRES

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Gabriel CAMPS

[Islam : société et communauté. Anthropologies du Mahgreb, sous la direction de Ernest Gellner, les Cahiers C.R.E.S.M, Éditions CNRS, Paris, 1981.]

Connus depuis l'antiquité pharaonique sous les noms de Lebu, Tehenu, Temehu, Meshwesh, les Berbères subsistent dans un immense territoire qui commence à l'ouest de l'Égypte. Actuellement des populations parlant le berbère habitent dans une douzaine de pays africains, de la Méditerranée au sud du Niger, de l'Atlantique au voisinage du Nil.

Mais cette région qui couvre le quart Nord-Ouest du continent n'est pas entièrement berbérophone, loin de là ! Aujourd'hui, dans cette région, l'arabe est la langue véhiculaire, celle du commerce, de la religion, de l'État, sauf dans la marge méridionale, du Sénégal au Tchad où la langue officielle est le français. Ainsi, les groupes berbérophones sont isolés, coupés les uns des autres et tendent à évoluer d'une manière divergente. Leur dimension et leur importance sont très variables. Les groupes kabyle en Algérie, Braber et Chleuh au Maroc représentent chacun plusieurs centaines de milliers d'individus tandis que certains dialectes, dans les oasis, ne sont parlés que par quelques dizaines de personnes. C'est la raison pour laquelle les cartes d'extension de la langue berbère n'ont pas grande signification. Le territoire saharien couvert par les dialectes touareg (tamahaq) en Algérie, Libye, Mali et Niger est immense mais les nomades berbérophones qui le parcourent et les rares cultivateurs de même langue ne doivent guère dépasser le nombre de 250 ou 300 000. Ils sont à peine plus nombreux que les habitants du Mzab qui occupent dans le Sahara septentrional, un territoire mille fois plus exigu. Le bloc kabyle est dix fois plus peuplé que la région aurasienne, plus vaste, où est parlé un dialecte berbère différent.

En fait il n'y a aujourd'hui ni une langue berbère, dans le sens où celle-ci serait le reflet d'une communauté ayant conscience de son unité, ni un peuple berbère et encore moins une race berbère. Sur ces aspects négatifs tous les spécialistes sont d'accord... et cependant les Berbères existent.

Légendes antiques et modernes sur les origines des Berbères
Hercule et les calembours
Du Caucase à L'atlantide
Les données de l'anthropologie
L'homo sapiens du Maghreb
Les protoméditerranéens capsiens mangeurs d'escargots
La mise en place des paléo-berbères
Les données linguistiques
Petit lexique
Quelques sites

LÉGENDES ANTIQUES ET MODERNES SUR LES ORIGINES DES BERBÈRES
Hercule et les calembours
Rares sont les peuples comme les Berbères dont les origines ont été recherchées avec autant de constance et d'imagination. Dès la plus haute Antiquité, des récits circulaient dans les milieux savants et chez les mythographes sur les origines des habitants de l'Afrique. Le plus connu, parce que des générations de lycéens pâlirent sur les pages du De Bello Jugurthino, nous est rapporté par Salluste.

La légende des origines perse et mède

Les premiers habitants de l'Afrique furent, dit Salluste, les Gétules et les Libyens, gens grossiers et barbares qui se nourrissaient de la chair des bêtes sauvages ou de l'herbe des prés, à la façon des troupeaux. Plus tard, des Mèdes, des Arméniens et des Perses conduits par Hercule en Espagne, passèrent en Afrique et se mêlèrent, les premiers avec les Libyens, les Perses avec les Gétules. Tandis que les Mèdes et Libyens, bientôt confondus sous le nom de Maures, eurent de bonne heure des villes et échangèrent des produits avec l'Espagne, les Gétules et les Perses condamnés à une vie errante, prirent le nom de Nomades. Cependant la puissance de ces derniers s'accrut rapidement, et sous le nom de Numides, ils conquirent tout le pays jusqu'au voisinage de Carthage.

Cette légende, Salluste n'en revendique nullement la paternité ; il dit même qu'elle est contraire à la tradition la plus répandue (et que nous ne connaissons pas) mais qu'elle est, en revanche, admise par les indigènes. Il la rapporte d'après une traduction qui lui aurait été faite des livres puniques du roi Hiempsal (libri punici qui regis Hiempsalis dicebantur).

De la première époque, antérieure à Hercule, ou plus exactement Melqart, le dieu phénicien qui fut assimilé au fils d'Alcmène, Salluste donne le cliché habituel par lequel l'érudit moyen dépeint, à tort, les temps primitifs. Ces Libyens et Gétules, chasseurs et cueilleurs, sont bien évidemment des peuples de la Préhistoire que Salluste, ou plutôt Hiempsal, rejette dans les temps mythiques. Il nous faut cependant retenir l'existence de deux éléments de population dans l'Afrique la plus archaïque. Quel fait permettait d'établir cette distinction sinon une différence dans les genres de vie née elle-même des conditions géographiques et par conséquent de la localisation de ces peuples ? Or, de l'avis unanime des historiens anciens et modernes, les Gétules étaient des nomades dont on trouve les traces évanescentes depuis les rives de l'Océan jusqu'au golfe des Syrtes. Pour les écrivains classiques, étaient généralement qualifiés de Gétules tous les nomades méridionaux distincts des Éthiopiens et des Garamantes. Les Gétules étant nomades on en déduit que les Libyens d'Hiempsal, ceux qui "eurent de bonne heure des villes" étaient les ancêtres des sédentaires.

Cette distinction élémentaire, et banale, avait été faite bien avant Hiempsal ou Salluste puisque le père de l'Histoire lui-même, Hérodote (IV, 181, 186, 191), après avoir décrit une longue suite de peuplades depuis l'Égypte jusqu'au lac Triton, précisait :

"Je viens d'indiquer les Libyens nomades qui habitent le long de la mer. Au-dessus d'eux, à l'intérieur des terres, se trouve la Libye des bêtes sauvages... Mais au couchant du Lac Tritonis (c'est-à-dire au Nord étant donné l'orientation incorrecte attribuée à la côte à partir des territoires carthaginois) les Libyens ne sont plus nomades et n'ont plus les mêmes coutumes... ce sont des Libyens cultivateurs... Ils ont des maisons et sont appelés Maxyes". Dans un raccourci assez simpliste mais exact, Hérodote oppose "la Libye orientale (où) habitent les nomades (qui) est basse et sablonneuse jusqu'au fleuve Triton, et celle à l'occident de ce fleuve, habitée par les cultivateurs (qui) est très montagneuse, très boisée... ".

Cette dernière phrase a une portée considérable car elle n'est pas applicable au seul territoire carthaginois du Sahel qui est particulièrement plat, mais à la totalité de l'Afrique du Nord, le pays de l'Atlas.

Le Triton qui s'identifie au golfe de Gabès est donc une limite géographique importante, particulièrement nette et précise dans l'esprit d'Hérodote, qui marque le partage entre les Nomades et les cultivateurs habitant des maisons.

C'est encore par les grands chotts tunisiens que les géographes font aujourd'hui aboutir la limite méridionale de l'Afrique du Nord ; la coïncidence serait curieuse si elle n'était précisément dictée par la nature.

Mais que viennent faire les Perses, les Mèdes et les Arméniens dans le récit des origines numides et maures ? Certes il est traditionnel, dans les textes antiques, que l'origine des peuples soit située en Orient et que des Orientaux soient impliqués dans le peuplement de la Libye occidentale, cela répond à un cliché habituel. Mais pourquoi les Perses et les Mèdes qui, Grecs et Latins le savaient bien, ne pouvaient être considérés comme des peuples de navigateurs? Revoyons de plus près le texte de Salluste : "Les Mèdes, les Perses et les Arméniens qui faisaient partie (de l'armée d'Hercule mort en Espagne) passèrent en Afrique sur des vaisseaux et occupèrent les pays voisins de notre mer. Les Perses s'établirent plus loin que les autres, du côté de l'Océan... peu à peu ils se fondirent par des mariages avec les Gétules". La localisation méridionale des prétendus Perses nous apporte paradoxalement l'explication de leur présence inattendue dans la partie occidentale de la Maurétanie, celle que les Romains nommèrent Maurétanie Tingitarie, dans le Maroc actuel. De nombreux auteurs grecs ou romains, Strabon, Pline citant Polybe, Pomponius Mela, Ptolémée, le géographe anonyme de Ravenne, Priscien de Césarée recopiant Denys le Périégète et bien d'autres que J. Desanges a patiemment relus, font connaître dans le Sud du Maroc, vraisemblablement entre l'Atlas, le Draa et le Guir deux peuplades, les Pharusiens et les Perorsi. La ressemblance entre les noms et une localisation très voisine ont fait admettre à certains auteurs, S. Gsell en particulier, qu'il s'agissait d'un seul et même peuple.

Ce n'est pas sûr, mais il est en revanche, tout à fait admissible que l'analogie ou l'homonymie factice entre Pharusii, Perorsi et Persae soit à l'origine de la prétendue arrivée des Perses en Maurétanie. De fait, Pline l'Ancien rappelle incidemment que les Pharusii, qu'il nomme parfois Perusii, sont les descendants des Perses conduits par Hercule aux limites occidentales du monde habité (V, 46).

Un autre calembour, mode de pensée analogique dont les auteurs de l'Antiquité étaient très friands, explique de même la présence des Mèdes en Afrique. De nombreuses tribus paléoberbères portaient, dans l'Antiquité, le nom de Mazices. Il s'agit en fait du nom que les Berbères se donnent eux-mêmes Imazighen (au singulier Amazigh.). Ce nom a été transcrit par les étrangers sous des formes variées : Meshwesh par les Égyptiens, Mazyes et Maxyes par les Grecs, Mazices et Madices par les Latins. Au XIVe siècle, le grand historien lbn Khaldoun explique qu'une branche des Berbères, les Branès, descend de Mazigh. Que certains habitants de l'Afrique antique aient déjà placé quelque ancêtre Mazigh ou Madigh en tête de leur généalogie ne saurait étonner puisqu'ils se sont, de tous temps, donné ce nom. De cette appellation viendrait donc l'apparition des Mèdes, ancêtres des Maures, en compagnie des Perses devenus les Pharusiens.

Quant aux Arméniens, leur présence légendaire doit s'expliquer par une semblable analogie avec quelque tribu paléoberbère dont le nom n'a malheureusement pas été conservé, à moins que l'on rapproche arbitrairement ces prétendus Arméniens de l'obscure tribu des Ourmana qui, au temps d'Ibn Khaldoun, c'est-à-dire au milieu du XIVe siècle, nomadisait dans la partie orientale du Maghreb.

Origines cananéennes

Bien plus illustre est le récit, nettement plus récent puisqu'il date du VIe siècle de notre ère, que nous donne Procope sur l'origine des Maures, terme générique qui, à l'époque, désignait tous les Africains qui avaient gardé leurs traditions et leur genre de vie en dehors de la culture citadine développée par Rome. Selon Procope, la conquête de la Terre Promise par Josué avait provoqué le départ des peuples qui occupaient le littoral. Ceux-ci, après avoir tenté de s'établir en Égypte qu'ils trouvèrent trop peuplée, se dirigèrent vers la Libye qu'ils occupèrent jusqu'aux Colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar) en fondant un grand nombre de villes. Procope précise : Leur descendance y est restée et parle encore aujourd'hui la langue des Phéniciens. Ils construisirent aussi un fort en Numidie, au lieu où s'élève la ville de Tigisis. Là, près de la grande source, on voit deux stèles de pierre blanche portant gravée en lettres phéniciennes et dans la langue des Phéniciens, une inscription dont le sens est : " nous sommes ceux qui avons fui loin de la face du brigand Jésus (= Josué) fils de Navé " (II, 10, 22).

Procope avait accompagné en Afrique le général byzantin Bélisaire et son successeur Solomon qui combattirent dans la région de Tigisis, au Sud de Cirta (Constantine) ; il avait vraisemblablement vu ou pris connaissance de l'existence de stèles puniques ou plus sûrement libyques. Cette région (Sigus, Sila, Tigisis) est précisément riche en grandes stèles, parfois véritables menhirs sculptés portant des dédicaces libyques. Ces énormes pierres (dont deux sont aujourd'hui au Musée de Constantine), supports d'inscriptions mystérieuses ou mal comprises de pauvres clercs de Numidie centrale, sont peut-être à l'origine du récit "historique" de Procope.

Ce récit s'appuie aussi sur une autre donnée dont nous trouvons la trace, un siècle plus tôt, dans une lettre de Saint Augustin. "Demandez – écrit-il –, à nos paysans qui ils sont : ils répondent en punique qu'ils sont des Chenani. Cette forme corrompue par leur accent ne correspond-elle pas à Chananaeci (Cananéens) ?".

On a longtemps discuté sur le fait que les paysans africains voisins d'Hippone aient encore parlé le punique au Ve siècle de notre ère, plus d'un demi millénaire après la destruction de Carthage. C. Courtois (1950) s'était demandé si par l'expression "punice" Saint Augustin ne voulait pas désigner un dialecte berbère. Ses arguments n'emportèrent pas la conviction, et comme Ch. Saumagne (1953) et A. Simon (1955), je crois que Saint Augustin faisait réellement allusion à un dialecte sémitique. Bien qu'aucun texte ne vienne appuyer cette hypothèse, il est fort admissible que les Phéniciens aient eux-mêmes introduit le nom de Cananéens en Afrique. Plusieurs savants pensent même, comme A. di Vitta (1971), que le récit de Procope doit s'expliquer par le souvenir confus de la plus ancienne expansion phénicienne en Occident qui précéda largement la fondation de Carthage.

Autres origines légendaires de l'Antiquité

Elle n'est pas la seule que nous ait transmise l'Antiquité. S. Gsell, grâce à son incomparable érudition, a eu le mérite de les classer. Retenons les principales : selon Strabon, les Maures étaient des Indiens venus en Libye sous la conduite de l'inévitable Héraklès ; nous verrons que certains auteurs modernes ont voulu appuyer cette origine légendaire d'arguments scientifiques. Une origine orientale plus proche est proposée, pour les Gétules, par l'historien juif Flavius Joseph. Commentant le chap. X de la Genèse, il affirme tranquillement que l'un des fils de Koush, Euilas est le père des Euilaioi "qui sont aujourd'hui appelés Gaitouloi : Gétules". D'autres étymologies aussi fantaisistes parsèment le récit de Flavius Joseph : ainsi Ophren, petit fils d'Abraham, serait allé conquérir la Libye ; ses descendants auraient donné le nom d'Afrique au pays.

Mais d'autres origines leur sont prêtées, surtout chez les auteurs grecs ; ainsi Hérodote dit que les Maxyes, qu'on peut identifier à des Berbères sédentaires, cultivateurs, se prétendaient descendre des Troyens. En écho à cette tradition si répandue dans le monde classique, répondent plusieurs assertions : Hécatée mentionne une ville de Cubos fondée par les Ioniens auprès d'Hippou Akra, l'actuelle Bône-Annaba. Dans la même région était située la ville de Meschela qui était, selon Diodore de Sicile, une création grecque.

Ainsi Plutarque, qui s'inspire vraisemblablement de Juba II, le savant roi de Maurétanie contemporain de l'empereur Auguste, dit que Héraklès, toujours lui ! avait laissé, dans le Nord de la Maurétanie Tingitane, des Olbiens et des Mycéniens. Or Ptolémée cite parmi les peuples de cette contrée les Muceni dont le nom semble bien être à l'origine de cette autre légende.

Légendes médiévales sur les origines des Berbères

Les historiens du Moyen Age, par de nombreux traits, conservent cette mode de pensée antique et, en Orientaux étroitement asservis au système patriarcal, sont particulièrement friands de généalogies interminables aussi ont-ils donné ou répété de nombreuses légendes sur les origines des Berbères. lbn Khaldoun, le plus grand d'entre eux, a consacré un chapitre entier de sa volumineuse Histoire des Berbères aux multiples généalogies que des écrivains de langue arabe, qui étaient souvent d'origine berbère, ont présentées avant lui. Tous donnent une origine orientale aux différentes fractions. La plus courante se rattache à celle déjà relatée par Procope. El Bekri les fait chasser de Syrie-Palestine par les Juifs, après la mort de Goliath. Il s'accorde avec El Masoudi pour les faire séjourner très peu de temps en Égypte. Selon d'autres, les Berbères seraient les descendants de Goliath (Djolouta). Or il n'est pas sans intérêt de noter que Goliath et Aguelid, qui veut dire roi dans les dialectes berbères du Nord, sont deux noms de la même famille. Ifricos, fils de Goliath, les aurait conduits en Afrique qui lui doit son nom (Ifrîqiya).

Ibn Khaldoun lui-même prend fermement position en faveur de ce qu'il appelle "le fait réel, fait qui nous dispense de toute hypothèse... : les Berbères sont les enfants de Canaan, fils de Cham, fils de Noé, ainsi que nous l'avons déjà énoncé en traitant des grandes divisions de l'espèce humaine. Leur aïeul se nommait Mazigh ; leurs frères étaient les Gergéséens (Agrikech) ; les Philistins, enfants de Casluhim, fils de Misraïrn, fils de Cham, étaient leurs parents. Le roi, chez eux, portait le titre de Goliath (Djalout). Il y eut en Syrie, entre les Philistins et les Israélites, des guerres rapportées par l'histoire, et pendant lesquelles les descendants de Canaan et les Gergéséens soutinrent les Philistins contre les enfants d'Israël. Cette dernière circonstance aura probablement induit en erreur la personne qui représenta Goliath comme Berbère, tandis qu'il faisait partie des Philistins, parents des Berbères. On ne doit admettre aucune autre opinion que la nôtre ; elle est la seule qui soit vraie et de laquelle on ne peut s'écarter" (traduction de Slane).

Malgré cette objurgation d'lbn Khaldoun, nous devons également tenir compte, car elle n'est pas sans conséquence, d'une autre opinion qu'il nous rapporte avec précision : "Tous les généalogistes arabes s'accordent à regarder les diverses tribus berbères dont j'ai indiqué les noms, comme appartenant réellement à cette race ; il n'y a que les Sanhadja et les Ketama dont l'origine soit pour eux un sujet de controverse. D'après l'opinion généralement reçue, ces deux tribus faisaient partie des Yéménites qu'lfricos établit en Ifrikia lorsqu'il eut envahi ce pays.

D'un autre côté, les généalogistes berbères prétendent que plusieurs de leurs tribus, telles que les Louata, sont Arabes et descendent de Himyer ..."

Du Caucase à l'Atlantide
Les auteurs modernes, européens, ont longtemps été très partagés sur les origines des Berbères. Ils se sont montrés, tout en affectant d'appuyer leurs hypothèses d'arguments scientifiques, autant, sinon plus, imaginatifs que leurs prédécesseurs antiques ou médiévaux.

Au cours du XIXe siècle et encore au début du nôtre, les explications et propositions diverses peuvent s'ordonner suivant deux types de recherches, les unes sont d'ordre philologique et présentées surtout par les érudits allemands, les secondes sont archéologiques ou anthropologiques et sont l'œuvre de Français.

Cananéens ou Indiens?

Philologues et orientalistes, s'appuyant les uns sur les récits grecs et latins, les autres sur des textes arabes, ont cherché à étayer l'origine orientale par des arguments nouveaux. Movers accorde toute créance aux récits de Salluste et de Procope. Il estime que les Cananéens fugitifs seraient passés en Afrique sur les vaisseaux des Phéniciens et, se mêlant aux Libyens primitifs qu'ils auraient initiés à l'agriculture, seraient devenus les Libyphéniciens que mentionnent plusieurs textes antiques. Nous avons vu, qu'à l'époque actuelle, certains auteurs, comme A. di Vitta, pensent effectivement que la tradition cananéenne conserve le souvenir estompé d'une expansion antérieure à la fondation de Carthage.

Le développement de l'égyptologie favorisa également la tradition orientale car plusieurs savants ont cru que les Hyksos, originaires d'Asie mineure et de Syrie, chassés d'Égypte, se réfugièrent en partie en Afrique et se seraient mêlés aux Libyens.

Kaltbrunner et Ritter apportent, eux, les "preuves" à l'appui de l'origine indienne des Maures proposée par Strabon ; ainsi selon eux le nom de Berbère est analogue à celui des Warlevera, très anciens occupants du Dekkan. Le port de Berbera, en Somalie, les Barabra (singulier Berberi) qui habitent entre la première et la quatrième cataracte sur le Nil, et le toponyme Berber au Soudan leur semblent autant de jalons linguistiques entre le sous-continent Indien et le Maghreb.

Une origine grecque ou égéenne a été, en revanche, vigoureusement défendue par le Dr Bertholon dans les premières années du XXe siècle. Il recensa avec une totale imprudence les noms et les mots berbères qui, selon lui, auraient une racine grecque ou préhellénique. En collaboration avec E. Chantre, il rédigea un volumineux ouvrage sur les Recherches anthropologiques dans la Berbérie orientale (1913) où il appuie d'arguments anthropologiques, voire ethnologiques, son opinion sur les origines de ces populations. Bravement les auteurs osent écrire : La céramique berbère se divise en trois grandes classes



céramique grossière à la main rappelant celle des dolmens, particulière surtout aux tribus de la grande race dolichocéphale ; son aire d'extension est celle de cet élément ethnique ;
céramique à la main rappelant les modèles primitifs de la mer Égée... Cette céramique correspond avec la répartition des populations comprenant une proportion appréciable de dolichocéphales de petite taille;
Céramique au tour, ornée par incisions, origine Gerba, pays de brachycéphales, a essaimé à Nabeul puis à Tunis, d'inspiration cypriote, moins archaïque que la précédente (p. 560).
Voilà à quelles étranges conclusions aboutissent des recherches reposant sur des présupposés et la certitude d'une permanence absolue des types humains et des techniques à travers les millénaires !

Berbères, Gaulois et dolmens

La recherche des origines aurait dû, semble-t-il, tirer un bénéfice plus sûr du développement de l'Archéologie en Afrique du Nord, et particulièrement de la fouille des monuments funéraires mégalithiques si nombreux en Algérie orientale et en Tunisie centrale. Hélas ! dans ce domaine, plus encore qu'ailleurs, les préjugés ethniques, voire nationaux, devaient engendrer les pires erreurs. Les dolmens nord-africains attirèrent très tôt l'attention des voyageurs européens. Shaw, dès le milieu du XVIIIe siècle, signalait ceux de Beni Messous près d'Alger. En 1833 le capitaine Rozet les décrit sous le nom de "monuments druidiques voisins de Sidi Ferruch". Le chirurgien Guyon fut le premier en 1846 à y entreprendre des fouilles. Dans le compte rendu très sérieux qu'il présenta à l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres il écrit : "ils ont tout à fait l'aspect des monuments druidiques que j'ai vus à Saumur et sur d'autres points de la France. Aussi quelques archéologues les attribuent aux Gaulois qui servaient dans les armées romaines, mais on serait tout aussi autorisé à les rapporter aux Vandales...".

Le désir de retrouver, de part et d'autre de la Méditerranée, les mêmes faits archéologiques, expliquait et justifiait en quelque sorte la présence "celtique" puis française en Algérie. Cela paraît encore chez l'un des meilleurs archéologues et arabisants du Second Empire, L. Ch. Feraud qui commence ses recherches en 1860. Trois ans plus tard il entreprend, avec le paléontologue anglais Christy (celui-là même qui, avec E. Lartet, commençait l'exploration préhistorique de la vallée de la Vézère), les fouilles de la vaste nécropole mégalithique de Ras el Aïn Bou Merzoug, dans le voisinage de Constantine et acquiert la conviction que les dolmens sont les tombeaux des "Gallo-romains" établis en Afrique.

À cette époque héroïque de l'archéologie préhistorique tous les arguments, même les plus spécieux, étaient présentés pour affirmer l'origine celtique, donc française, des dolmens algériens. En 1862 paraissait, dans la série des célèbres Guides Joanne, l'itinéraire historique et descriptif de l'Algérie de L. Piesse. À la page 71 de cet opuscule on trouve une description sommaire des dolmens de Beni Messous attribués à une "légion armoricaine". "Cette hypothèse, ajoute L. Piesse, peut s'appuyer sur une inscription tumulaire trouvée à Aumale. On y lit qu'un nommé Gargilius, tribun, commandant des vexillaires et d'un corps indigène était aussi chef d'une cohorte bretonne, décurion d'Auzia et de Rusguniae en l'année 263 de l'ère chrétienne ... ". Or Gargilius Martialis avait, en réalité, commandé la première cohorte des Astyres dans la province de Bretagne (c'est-à-dire la Grande Bretagne) avant de venir en Afrique où il périt sous les coups des Bavares révoltés. On voit que les rapprochements proposés par L. Piesse n'étaient qu'une amusante suite de contresens.

Origines nordiques

Progressivement se développa l'idée que les dolmens étaient antérieurs aux Celtes ou Gaulois, mais cette opinion chronologiquement plus exacte ne s'accompagna pas d'un examen plus attentif des faits. Ainsi, A. Bertrand (1863) comme grand nombre de ses contemporains, croit à l'existence d'un "peuple des dolmens" progressivement chassé d'Asie, de l'Europe septentrionale, des îles Britanniques puis de Gaule et d'Espagne pour venir s'établir en Afrique du Nord. Dans le même courant d'opinion, H. Martin, s'appuyant sur les découvertes de l'égyptologie naissante qui faisait connaître, parmi les peuplades libyennes qui attaquèrent l'Égypte au temps de Mineptah et de Ramsès III, des Tamahous blonds, explique que des "Gaulois" ayant franchi les Pyrénées et traversé l'Espagne auraient conquis l'Afrique du Nord et implanté la civilisation mégalithique avant de s'attaquer à l'Égypte.

La présence indiscutable des populations ou plutôt d'individus blonds aux yeux clairs dans plusieurs régions montagneuses proches du littoral et actuellement berbérophones accrédita longtemps la légende d'une origine nordique de ces peuples : européens constructeurs de mégalithes pour les uns, Gaulois mercenaires de Carthage pour les autres (on sait, ne serait-ce que par la lecture de Salambô, à défaut de la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile, le rôle tenu par les Gaulois dans la guerre des Mercenaires contre Carthage, entre les deux premières guerres puniques), Gallo-romains enrôlés dans les légions de l'Empire pour d'autres, ou bien encore descendants des pirates francs qui au IIIe siècle fréquentaient les parages du détroit de Gibraltar, Vandales enfin qui, après un siècle de domination ne pouvaient avoir disparu sans laisser de traces dans la population. N'allait-on pas jusqu'à retrouver dans le nom d'une obscure fraction, les Germana (ou Djermana), le souvenir de ces Germains réfugiés en Petite Kabylie après leur défaite ?

D'autres arguments anthropologiques vinrent s'agglutiner aux divagations historico-archéologiques ; ainsi J. Bourguignat reconnaît, à la suite de l'anthropologue Pruner-Bey que les dolmens de Roknia étaient l'œuvre de tribus berbères mêlées d'Égyptiens et de Nègres "dominés par une race d'Arias descendant d'Italie en Sicile et de Sicile en Afrique" (1868).

Berbères, Ibères et Sumériens

Dans les recherches des origines européennes des Berbères la Péninsule ibérique a la préférence. Certaines identités toponymiques troublantes entre les deux rives du Détroit, noms de fleuves et de villes – récemment J. Desanges vient d'en donner un précieux inventaire – appuient cette argumentation. Des rapprochements, infiniment plus fragiles avec la langue basque permettent de rappeler que Berbères et Ibères sont aussi proches par l'onomastique que par la géographie. Comme l'Antiquité connaissait des Ibères au Caucase, qui pourraient eux-mêmes être les ancêtres des Ibères d'Occident, voici une autre origine possible des Berbères : une philologie de l'à peu près, expliquait aussi sérieusement, à l'aide de rapprochements des plus fantaisistes, que les Berbères descendaient des... Sumériens !

Tour à tour ont été évoqués l'Orient pris globalement (Mèdes et Perses), la Syrie et le pays de Canaan, l'inde et l'Arabie du Sud, la Thrace, la Mer Égée et l'Asie mineure, mais aussi l'Europe du Nord, la Péninsule ibérique, les îles et la Péninsule italiennes... Il est sûrement plus difficile de rechercher les pays d'où ne viennent pas les Berbères

Il est vrai que pour d'autres littérateurs pseudo-scientifiques, la question trouve facilement sa solution : les Berbères sont tout simplement les derniers Atlantes. Les "preuves" ne manquent pas : l'Atlantide était située dans la partie de l'Océan proche de la Libye, les Canaries en sont les débris. Les premiers habitants de ces îles, les Guanches, ne parlaient-ils pas le berbère ?

LES DONNÉES DE L'ANTHROPOLOGIE
La formation de la population berbère, ou plus exactement des différents groupes berbères, demeure une question très controversée parce qu'elle fut mal posée. Les théories diffusionnistes ont tellement pesé depuis l'origine des recherches que toute tentative d'explication reposait traditionnellement sur des invasions, des migrations, des conquêtes, des dominations. Et si les Berbères ne venaient de nulle part ?

Plutôt que de rechercher avec plus ou moins de bonheur de vagues ressemblances de tous ordres et d'amalgamer des données de significations différentes, voire contradictoires, ne vaut-il pas mieux commencer par examiner les Berbères eux-mêmes et les restes humains ultérieurs à l'époque historique, époque ou, nous le savons, la population actuelle s'était déjà mise en place ?

En un mot nous devons logiquement accorder la primauté à l'Anthropologie. Mais celle-ci ne permet pas aujourd'hui de définir la moindre originalité "berbère" dans l'ensemble de la population sud méditerranéenne. Ce qui permet aujourd'hui encore de mentionner des groupes berbères dans le quart nord-ouest de l'Afrique est d'autre qualité, culturelle plus que physique. Parmi ces données culturelles la principale demeure la langue.

Nous examinerons donc successivement les données de l'Anthropologie et celles de la linguistique.

L'Homo sapiens du Maghreb
L'Homme atérien

Sans rechercher les origines mêmes de l'homme en Afrique du Nord, nous devons cependant remonter allègrement les millénaires pour comprendre comment s'est constitué le peuplement de cette vaste région actuellement pincée entre le Désert et la Méditerranée. Plaçons-nous au début de l'époque qu'en Europe les préhistoriens nomment Paléolithique supérieur : à ce moment vit déjà au Maghreb un homme de notre espèce, Homo sapiens sapiens, plus primitif que son contemporain européen, l'Homme de Cro-Magnon et qui est l'auteur de l'Atérien, culture dérivée du Moustérien. Cet homme atérien découvert à Dar es Soltan (Maroc) présente suffisamment d'analogies avec l'homme moustérien du Djebel Irhoud pour qu'on puisse admettre qu'il en soit issu. Plus intéressante encore est la reconnaissance d'une filiation entre cet homme atérien et son successeur, connu depuis fort longtemps au Maghreb sous le nom d'Homme de Mechta el-Arbi.

Origines de l'homme de Mechta el-Arbi

L'Homme de Mechta el-Arbi est un cromagnoïde ; il en présente les caractères physiques dominants : la grande taille (1,74 m en moyenne pour les hommes), la forte capacité crânienne (1650 cc), la disharmonie entre la face large et basse, aux orbites de forme rectangulaire plus larges que hautes, et le crâne qui est dolichocéphale ou mésocéphale.

À ses débuts, l'Homme de Mechta el-Arbi est associé à une industrie, nommée Ibéromaurusien, qui occupait toutes les régions littorales et telliennes. L'Ibéromaurusien, contemporain du Magdalénien et de l'Azilien européens, a déjà les caractères d'une industrie épipaléolithique en raison de la petite taille de ses pièces lithiques. Ce sont très souvent de petites lamelles dont l'un des tranchants a été abattu pour former un dos. Ces objets étaient des éléments d'outils, des sortes de pièces détachées dont l'agencement dans des manches en bois ou en os procurait des instruments ou des armes efficaces.

Traditionnellement, on pensait que l'Homme de Mechta el-Arbi, cousin de l'Homme de Cro-Magnon, avait une origine extérieure. Les uns imaginaient les Hommes de Mechta el-Arbi, venus d'Europe, traversant l'Espagne et le détroit de Gibraltar pour se répandre à la fois au Maghreb et aux îles Canaries dont les premiers habitants, les Guanches, avaient conservé l'essentiel de leurs caractères physiques avant de se mêler aux conquérants espagnols.

D'autres pensaient que l'Homme de Mechta el-Arbi descendait d'Homo Sapiens apparu en Orient (Homme de Palestine) et que de ce foyer originel s'étaient développées deux migrations. Une branche européenne aurait donné l'Homme de Cro-Magnon, une branche africaine aurait mis en place l'Homme de Mechta el-Arbi.

Origine orientale, origine européenne, deux éléments d'une alternative que nous avons déjà reconnue dans les récits légendaires de l'Antiquité ou dans les explications fantaisistes de l'époque moderne et qui se retrouve dans les hypothèses scientifiques actuelles. Malheureusement l'une et l'autre présentaient de grandes anomalies qui les rendaient difficilement acceptables. Ainsi la migration des Hommes de Cro-Magnon à travers l'Espagne ne peut être jalonnée ; bien mieux, les crânes du Paléolithique supérieur européen ont des caractères moins accusés que leurs prétendus successeurs maghrébins. Les mêmes arguments peuvent être opposés à l'hypothèse d'une origine proche orientale des Hommes de Mechta el-Arbi : aucun document anthropologique entre la Palestine et la Tunisie ne peut l'appuyer. De plus, nous connaissons les habitants du Proche-Orient à la fin du Paléolithique supérieur, ce sont les Natoufiens, de type proto-méditerranéen, qui diffèrent considérablement des Hommes de Mechta el-Arbi. Comment expliquer, si les Hommes de Mechta el-Arbi ont une ascendance proche orientale, que leurs ancêtres aient quitté en totalité ces régions sans y laisser la moindre trace sur le plan anthropologique ?

Reste donc l'origine locale, sur place, la plus simple (c'est la raison pour laquelle sans doute on n'y croyait guère !) et, aujourd'hui la plus évidente depuis la découverte de l'Homme atérien. Les anthropologues spécialistes de l'Afrique du Nord comme D. Ferembach et M.C. Chamla, admettent aujourd'hui une filiation directe, continue, depuis les néandertaliens nord-africains (Hommes du Djebel Irhoud) jusqu'aux Cromagnoïdes que sont les Hommes de Mechta el-Arbi. L'Homme atérien de Dar es Soltane serait l'intermédiaire mais qui aurait déjà acquis les caractères d'Homo sapiens sapiens.

Le type de Mechta el-Arbi va s'effacer progressivement devant d'autres hommes, mais sa disparition ne fut jamais complète. Ainsi trouve-t-on encore 8% d'hommes mechtoïdes parmi les crânes conservés des sépultures protohistoriques et puniques (Chamla, 1976). De l'époque romaine, dont les restes humains ont longtemps été dédaignés par les archéologues "classiques", on connaît encore quelques crânes de l'Algérie orientale qui présentent des caractères mechtoïdes. Du type de Mechta el-Arbi il subsiste encore quelques très rares éléments dans la population actuelle qui, dans sa quasi totalité, appartient aux différentes variétés du type méditerranéen : quelques sujets méso ou dolichocéphales à face basse, de taille élevée, et au rapport cranio-facial dysharmonique, rappellent les principaux caractères des Hommes de Mechta el-Arbi. Ils représentent tout au plus 3 % de la population au Maghreb ; ils sont nettement plus nombreux dans les îles Canaries.

Les Protoméditerranéens Capsiens mangeurs d'escargots
On ne peut cependant placer l'Homme de Mechta el-Arbi parmi les ancêtres directes des Berbères.

Apparition des Méditerranéens

À partir du VIIIe millénaire, on voit apparaître dans la partie orientale du Maghreb (nous sommes complètement ignorants de ce qui se passait au même moment, sur le plan anthropologique, dans les confins de l'Égypte et de la Libye), un nouveau type d'Homo sapiens qui a déjà les caractères de certaines populations méditerranéennes actuelles. Il est aussi de taille élevée (1,75 m pour les hommes de Medjez II, 1,62 m pour les femmes), mais il se distingue de l'Homme de Mechta el-Arbi par une moindre robustesse, un rapport crânio-facial plus harmonique puisque à un dolichocrâne correspond une face haute et plus étroite, les orbites sont plus carrées et le nez plus étroit. Les reliefs osseux de ce nouveau type humain sont atténués, l'angle de la mâchoire, en particulier, n'est pas déjeté vers l'extérieur, il n'y a donc pas extroversion des gonions comme disent les anthropologues. Or ce caractère est très fréquent, sinon constant chez les Hommes de Mechta.


(a) "Crâne de Taza" : Type Ibéromaurusien, composé en grande partie de sapiens à l'aspect "cromagnoïde".
(b) "Hommes de Medjez" : Type capsien, considéré comme Proto-Méditerranéen.
Images extraites de l'article Prothèse dentaire préhistorique ostéo-implantée


Ce type humain a reçu le qualificatif de Protoméditerranéen. Des groupes anthropologiquement très proches se retrouvent, à la même époque ou un peu avant en Orient (Natoufiens) et dans divers pays de la Méditerranée où ils semblent issus du type de Combe Capelle (appelé en Europe centrale Homme de Brno) qui est distinct de l'Homme de Cro-Magnon. Aussi D. Ferembach suppose l'existence en Orient, au Paléolithique supérieur, d'un homme proche de Combe Capelle.

Manifestement l'Homme de Mechta el-Arbi n'a pu donner naissance aux hommes protoméditerranéen. Ceux-ci, qui vont progressivement le remplacer, apparaissent d'abord à l'Est, tandis que les Hommes de Mechta el-Arbi sont encore, au Néolithique, les plus nombreux dans l'Ouest du pays. Cette progression d'Est en Ouest indique bien qu'il faut chercher au-delà des limites du Maghreb, l'apparition de ce type humain protoméditerranéen. Un consensus général de tous les spécialistes. anthropologues et préhistoriens, se dégage aujourd'hui pour admettre qu'il est venu du Proche-Orient.

On peut, à la suite de M.C. Chamla, reconnaître parmi les Protoméditerranéens deux variétés La plus fréquente, sous type de Médjez II, au crâne élevé, est orthognate, le second, moins répandu, celui de l'Aïn Dokkara, à voûte crânienne plus basse, est parfois prognate, sans toutefois présenter les caractères négroïdes sur lesquels on avait à tort attiré l'attention.

La civilisation capsienne

Ces hommes sont porteurs d'une industrie préhistorique qui a reçu le nom de Capsien, du nom antique de Gafsa (Capsa) auprès de laquelle furent reconnus pour la première fois les constituants de cette culture. Le Capsien couvre une période moins longue que l'Ibéromaurusien ; elle s'étend du VIIIe au Ve millénaire.

Grâce au grand nombre de gisements plaisamment nommés escargotières et à la qualité des fouilles qui y furent conduites, on a une connaissance satisfaisante des Capsiens et de leurs activités. On peut, dans leur cas, parler d'une civilisation dont les nombreux faciès régionaux reconnus à travers la Tunisie et l'Algérie révèlent certains traits constants. Sans nous appesantir sur l'industrie de pierre caractérisée par des outils sur lames et lamelles à bord abattu, des burins, des armatures de formes géométriques (croissants, triangles, trapèzes), nous rappellerons qu'elle est fort belle, remarquable par les qualités du débitage, effectué parfois au cours du Capsien supérieur par pression, ce qui donne des lamelles normalisées. Elle est remarquable également par la précision de la retouche sur des pièces d'une finesse extraordinaire, comme par exemple les micro-perçoirs courbes dits de l'Aïn Khanga. Mais le Capsien possède d'autres caractères qui ont pour l'archéologue et l'ethnologue une importance plus grande, je veux parler de ses œuvres d'art. Elles sont les plus anciennes en Afrique et on peut affirmer qu'elles sont à l'origine des merveilles artistiques du Néolithique. Elles sont même, et ceci est important, à l'origine de l'art berbère. Il y a un tel air de parenté entre certains de ces décors capsiens ou néolithiques et ceux dont les Berbères usent encore dans leurs tatouages, tissages et peintures sur poterie ou sur les murs, qu'il est difficile de rejeter toute continuité dans ce goût inné pour le décor géométrique, d'autant plus que les jalons ne manquent nullement des temps protohistoriques jusqu'à l'époque moderne.


(Image: Logan Museum)




Les premiers Berbères

Sur le plan anthropologique les hommes capsiens présentent si peu de différence avec les habitants actuels de l'Afrique du Nord, Berbères et prétendus Arabes qui sont presque toujours des Berbères arabisés, que les archéologues négligèrent de conserver les squelettes découverts dans les escargotières car ils croyaient qu'il s'agissait d'intrus inhumés à une époque récente dans les buttes que constituent les gisements. Un de ces crânes séjourna même un certain temps dans le greffe du tribunal d'une petite ville d'Algérie orientale, Ain M'Lila, car on avait cru à l'inhumation clandestine de la victime d'un meurtre

Quoi qu'il en soit nous tenons, avec les Protoméditerranéens capsiens, les premiers Maghrébins que l'on peut, sans imprudence, placer en tête de la lignée berbère. Cela se situe il y a quelque 9 000 ans ! Certes tout concorde à faire admettre, comme nous l'avons dit ci-dessus, que ces Capsiens ont une origine orientale. Rien ne permet de croire à une brusque mutation des Mechtoïdes en Méditerranéens alors que les Natoufiens du Proche Orient dont les caractères anthropologiques affirmés antérieurement aux Capsiens sont du même groupe humain qu'eux et dans leur civilisation on peut retrouver certains traits culturels qui s'apparentent au Capsien.

Mais cette arrivée est si ancienne qu'il n'est pas exagéré de qualifier leurs descendants de vrais autochtones. Cette assertion est d'autant plus recevable qu'il ne subsiste que quelques traces des premiers occupants Mechtoïdes. Il est même troublant de constater que si Protoméditerranéens et Mechta el-Arbi ont pendant longtemps cohabité dans les mêmes régions, puisque ces derniers ont survécu jusqu'au Néolithique, même dans la partie orientale que fut "capsianisée" plus tôt, ils ne se sont pas métissés entre eux. L'atténuation des caractères mechtoïdes que l'anthropologue constate chez certaines populations antérieures à l'arrivée des Protoméditerranéens, ne peut s'expliquer que par une évolution interne répondant au phénomène général de gracilisation. De même, les Protoméditerranéens les plus robustes ou les plus archaïques ne présentent aucun caractère mechtoïde et les plus évolués s'écartent encore davantage de ce type.

La mise en place des Paléo-Berbères
Si nous passons aux temps néolithiques il n'est pas possible de saisir un changement notable dans l'évolution anthropologique du Maghreb. On note la persistance du type de Mechta el-Arbi dans l'Ouest et même sa progression vers le Sud le long des côtes atlantiques tandis que le reste du Sahara, du moins au Sud du Tropique du Cancer, est alors uniquement occupé par des négroïdes. Les Protoméditerranéens s'étendent progressivement. Arrivés à l'aube des temps historiques nous constatons que les hommes enterrés dans les tumulus et autres monuments mégalithiques sont du type méditerranéen quelle que soit leur localisation, sauf dans les régions méridionales où des éléments négroïdes sont discernables. Le Maghreb s'est donc, sur le plan anthropologique "méditerranéisé" sinon déjà berbérisé.

Méditerranéens robustes et Méditerranéens graciles

Mais une autre constatation s'impose immédiatement : certains de ces Méditerranéens sont de stature plus petite, leurs reliefs musculaires plus effacés, les os moins épais, en un mot, leur squelette est plus gracile. A vrai dire, les différences avec les Protoméditerranéens ne sont pas tranchées : il existe des formes de passage et de nombreuses transitions entre les Méditerranéens robustes et les Méditerranéens graciles. De plus, il n'y a pas eu élimination des uns par les autres puisque ces deux sous-types de la race méditerranéenne subsistent encore aujourd'hui. Les premiers forment le sous-type atlanto-méditerranéen bien représenté en Europe depuis l'Italie du Nord jusqu'en Galice le second est appelé ibéro-insulaire qui domine en Espagne du Sud, dans les îles et l'Italie péninsulaire.

En Afrique du Nord, ce sous-type est très largement répandu dans la zone tellienne, en particulier dans les massifs littoraux, du Nord de la Tunisie, en Kabylie, au Rif dans le Nord du Maroc, tandis que le type robuste s'est mieux conservé chez les Berbères nomades du Sahara (Touareg) dans les groupes nomades arabisés de l'Ouest (Regueibat), chez les Marocains du Centre et surtout du Sud (Ait Atta, Chleuh). Mais les deux variétés coexistent jusqu'à nos jours dans les mêmes régions. Ainsi en Kabylie d'après une étude récente de M.C. Chainla, le type méditerranéen se rencontre dans 70 % de la population mais se subdivise en trois sous-types : l'ibéro-insulaire dominant caractérisé par une stature petite à moyenne, à face très étroite et longue, l'atlanto-méditerranéen également bien représenté, plus robuste et de stature plus élevée, mésocéphale, un sous-type "saharien", moins fréquent (15 %) de stature élevée, dolicocéphale à face longue.

Un second élément qualifié d'alpin en raison de sa brachycéphalie, sa face courte et sa stature peu élevée, représente environ 10 % de la population, mais M.C. Chainla répugne à les confondre avec des Alpins véritables et songe plutôt à une variante "brachycéphalisée" du type méditerranéen.

Un troisième élément à affinités arménoïdes, de fréquence égale au précédent, se caractérise par une face allongée associée à un crâne brachycéphale.

En quantités infimes s'ajoutent à ce stock quelques individus conservant des caractères mechtoïdes, quelques métis issus d'un élément négroïde plus ou moins ancien et des sujets à pigmentation claire de la peau, des yeux et des cheveux.

Complexité et variabilité

Cet exemple montre la diversité du peuplement du Maghreb. Mais nous ne sommes plus au temps où la typologie raciale était le but ultime de la recherche anthropologique. Il était alors tentant d'assimiler les "types" ou "races" à des groupes humains venant s'agglutiner, au cours des siècles, à un ou plusieurs types plus anciens. Les recherches modernes, dans le monde entier, ont montré combien l'homme était, dans son corps infiniment plus malléable et sensible aux variations et particulièrement à l'amélioration des conditions de vie. La croissance de la taille, au cours des trois dernières générations, est un phénomène général largement ressenti et connu de l'opinion publique mais, aussi, facilement mesurable grâce aux archives des bureaux de recrutement. En moins d'un siècle la stature moyenne des Français a gagné 7 cm, ce qui est considérable et ne s'explique ni par une invasion ni par l'émigration systématique des hommes de petite taille. Cette croissance est due à l'amélioration des conditions de vie, à une alimentation plus riche et surtout à la disparition des travaux pénibles chez les enfants et adolescents. De fait, cette croissance de la stature est inégale entre les nations et, à l'intérieur de celle-ci, entre les régions en relation directe avec les développements économiques. Ainsi, entre 1927 et 1958, en quelques années, la stature moyenne à Tizi-Ouzou (Kabylie, Algérie) est passée de 164,6 cm à 167,4 cm alors que dans la région voisine plus deshéritée de Lakhdaria (ex. Palestro), de 1880 à 1958, l'augmentation ne fut que de 1,2 cm et ne semble pas significative.

D'autres travaux ont montré que la forme du crâne variait par "dérive génétique" comme disent les biologistes sans qu'il soit possible de faire appel au moindre apport étranger pour expliquer ce phénomène. Des variations séculaires ont pu être mises en lumière en France, ainsi les Auvergnats, de tendance dolichocéphale au Moyen Age, Sont devenus brachycéphales ; leur crâne s'est raccourci et élargi sans que la moindre invasion de la "race" alpine d'Europe centrale ait pu modifier la composante humaine du Massif central.

Cette malléabilité, cette sensibilité aux facteurs extérieurs tels que les conditions de vie et une orientation imprévisible due au hasard de la génétique paraissent à bien des anthropologues modernes, suffisantes pour faire l'économie de nombreuses et mythiques migrations et invasions dans la constitution des populations historiques. De nos jours l'évolution sur place paraît plus probable.

Ainsi M.C. Chamla explique l'apparition de la variété ibéro-insulaire à l'intérieur du groupe méditerranéen africain par le simple jeu de la gracilisation. Aucune différence de forme n'apparaît entre les crânes des époques capsienne, protohistorique et moderne ; seules varient les dimensions et dans un sens général qui est celui de la gracilisation.

Une Constante pression venue de l'Orient

Les Protoméditerranéens capsiens constituent certes le fond du peuplement actuel du Maghreb, mais le mouvement qui les amena, dans les temps préhistoriques, du Proche-Orient en Afrique du Nord, ne cessa à aucun moment. Ils ne sont que les prédécesseurs d'une longue suite de groupes, certains peu nombreux, d'autres plus importants. Ce mouvement, quasiment incessant au cours des millénaires, a été, pour les besoins de la recherche archéologique ou historique, sectionné en "invasions" ou "conquêtes" qui ne sont que des moments d'une durée ininterrompue.

Après les temps capsiens, en effet, au Néolithique, sont introduits animaux domestiques, moutons et chèvres dont les souches sont exotiques et les premières plantes cultivées qui sont elles aussi d'origine extérieure : ces animaux et ces plantes ne sont pas arrivés seuls, même si les hommes qui les introduisirent pouvaient être fort peu nombreux. A cette époque la plus grande partie du Sahara était occupée par des pasteurs négroïdes. Il est possible que chassés par l'assèchement intervenu après le IIIe millénaire, certains groupes se soient déplacés vers le Nord et aient atteint le Maghreb. Certains sujets négroïdes ont été reconnus dans les gisements néolithiques du Sud Tunisien, et au IVe siècle avant J.C., Diodore de Sicile connaît encore des populations semblables aux Éthiopiens (c'est-à-dire des gens de peau noire) dans le Tell tunisien, dans l'actuelle Kroumirie. Mais cet apport proprement africain semble insignifiant par rapport au mouvement insidieux mais continu qui se poursuit à l'Age des Métaux lorsque apparaissent les éleveurs de chevaux, d'abord "Équidiens", conducteurs de chars, puis cavaliers qui conquirent le Sahara en asservissant les Éthiopiens. Ces cavaliers, les historiens grecs et latins les nommeront Garamantes à l'Est, Gétules au Centre et à l'Ouest. Leurs descendants, les Berbères sahariens, dominèrent longtemps les Haratins qui semblent bien être les héritiers des anciens Éthiopiens.

Au cours même de la domination romaine, puis vandale et byzantine, nous devinons de longs glissements de tribus plus ou moins turbulentes à l'extérieur du Limes romain puis dans les terres mêmes de ce qui avait été l'Empire. Ainsi la confédération que les Romains nomment Levathae (prononcer Leouathae), et qui était au IVe siècle en Tripolitaine, se retrouve au Moyen Age, sous le nom de Leuata, entre l'Aurès et l'Ouarsenis. Ces Louata appartiennent avec de nombreuses autres tribus au groupe Zénète, le plus récent des groupes berbérophones dont la langue se distingue assez nettement de celle des groupes plus anciens que l'on pourrait nommer Paléo-berbères. Les troubles provoqués par l'irruption zénète s'ajoutant aux convulsions politiques, religieuses et économiques que subirent les provinces d'Afrique, favorisèrent grandement les entreprises conquérantes des Arabes. Quatre siècles plus tard, la succession des invasions bédouines, des Beni Hilal, Solaym, Maqil, ne sont elles aussi, que des moments, retenus par l'Histoire parce qu'elles eurent des conséquences catastrophiques, d'un vaste mouvement qui débuta une dizaine de millénaires plus tôt.

Les apports méditerranéens

Si la population du Maghreb a conservé, vis-à-vis du Proche-Orient, une originalité certaine, tant physique que culturelle, c'est qu'un second courant, nord-sud celui-ci, tout en interférant avec le premier, a marqué puissamment de son empreinte ces terres d'Occident.

Ce courant méditerranéen s'est manifesté dès le Néolithique. Le littoral du Maghreb connaît alors les mêmes cultures que les autres régions de la Méditerranée occidentale, les mêmes styles de poterie. Tandis qu'au Sud du détroit de Gibraltar apparaissent des techniques aussi caractéristiques que le décor "cardial" fait à l'aide d'une coquille de mollusque marin, style européen qui déborde sur le Nord du Maroc, à l'Est se répandent les industries en obsidienne venues des îles italiennes. En des âges plus récents, la répartition de monuments funéraires, comme les dolmens et les hypogées cubiques, ne peut s'expliquer que par un établissement permanent d'un ou plusieurs groupes méditerranéens venus d'Europe. Cet apport méditerranéen proprement dit a eu certes plus d'importance culturelle qu'anthropologique. Mais si certains éléments culturels peuvent, pour ainsi dire, voyager tout seuls, les monuments et les rites funéraires me paraissent trop étroitement associés aux ethnies pour qu'on puisse imaginer que la construction de dolmens ou le creusement d'hypogées aient pu passer le détroit de Sicile et se répandre dans l'Est du Maghreb sans que des populations assez cohérentes les aient apportés avec elles.

Sans réduire la primauté fondamentale du groupe protoméditerranéen qui est continental, originaire de l'Est et qui connut des enrichissements successifs, on ne doit pas négliger pour autant ces apports proprement méditerranéens, plus récents, moins importants sur le plan anthropologique, mais plus riches sur le plan culturel.

C'est de l'interférence de ces deux éléments principaux auxquels s'ajoutèrent des apports secondaires venus d'Espagne et du Sahara que sont nées, au cours des siècles, la population et la civilisation rurale du Maghreb.

LES DONNÉES LINGUISTIQUES
L'apport des études linguistiques ne peut être négligé dans un essai de définition des origines berbères dans la mesure où la langue est aujourd'hui le caractère le plus original et le plus discriminant des groupes berbères disséminés dans le quart nord-ouest du continent africain.

Une indispensable prudence

Les idiomes berbères adoptent et "berbérisent" facilement nombre de vocables étrangers : on y trouve des mots latins, arabes (parfois très nombreux on compte jusqu'à 35 % d'emprunts lexicaux à l'arabe, en kabyle), français, espagnols... Il semble que le libyque était tout aussi perméable aux invasions lexicales, surtout en onomastique.

On doit par conséquent se montrer très prudent devant les rapprochements aussi nombreux qu'hasardeux proposés entre le berbère et différentes langues anciennes par des amateurs ou des érudits trop imprudents. D'après Bertholon le libyque aurait été un dialecte hellénique importé par les Thraces ; d'autres y voient des influences sumériennes ou touraniennes. Plus récemment l'archétype basque a été mis en valeur, avec des arguments à peine moins puérils. Les amateurs du début du siècle croyaient, en effet, pouvoir fonder leurs apparentements en constituant de longues listes de termes lexicaux parallélisés à ceux de la langue de comparaison. De tels rapprochements sont faciles, on peut ainsi noter de curieuses convergences de vocabulaire aussi bien avec les dialectes amérindiens qu'avec le finnois.

Ces dévergondages intellectuels expliquent l'attitude extrêmement prudente des berbérisants qui, inconsciemment sans doute, désireraient que soit reconnue l'originalité intrinsèque du berbère. Cette attitude va même jusqu'à douter parfois de la parenté entre le berbère et le libyque, ou, plus exactement, leur prudence est telle qu'ils voudraient être bien sûrs que la langue transcrite en caractères libyques fût une forme ancienne du berbère.

Cette attitude plus que prudente apparaît dans un texte célèbre d'A. Basset : "En somme la notion courante du berbère, langue indigène et seule langue indigène jusqu'à une période préhistorique... repose essentiellement sur des arguments négatifs, le berbère ne nous ayant jamais été présenté comme introduit, la présence, la disparition d'une autre langue indigène ne nous ayant jamais été clairement attestées" (La langue berbère. L'Afrique et l'Asie, 1956).

Les inscriptions libyques

Malgré leur nombre et un siècle de recherches, les inscriptions libyques demeurent en grande partie indéchiffrées. Comme le signalait récemment S. Chaker (1973), cette situation est d'autant plus paradoxale que les linguistes disposent de plusieurs atouts : des inscriptions bilingues puniques-libyques et latines-libyques, et la connaissance de la forme moderne de la langue ; car, si nous n'avons pas la preuve formelle de l'unité linguistique des anciennes populations du Nord de l'Afrique, toutes les données historiques, la toponymie, l'onomastique, le lexique, les témoignages des auteurs arabes confirment la parenté du libyque et du berbère. En reprenant l'argument négatif dénoncé par A. Basset, mais combien déterminant à mon avis, si le libyque n'est pas une forme ancienne du berbère on ne voit pas quand et comment le berbère se serait constitué.

Les raisons de l'échec relatif des études libyques s'expliquent, en définitive, assez facilement : les berbérisants, peu nombreux, soucieux de recenser les différents parlers berbères n'ont guère, jusqu'à présent, apporté une attention soutenue au libyque dont les inscriptions stéréotypées ne sont pas, à leurs yeux, d'un grand intérêt. En revanche, les amateurs ou les universitaires non berbérisants, qui s'intéressaient à ces textes en raison de leur valeur historique ou archéologique, n'étaient pas armés pour cette étude.

Enfin le système graphique du libyque, purement consonantique, se prête mal à une reconstitution intégrale de la langue qu'il est chargé de reproduire.

L'apparentement du berbère

Cependant l'apparentement du berbère avec d'autres langues, géographiquement voisines fut proposé très tôt ; on peut même dire dès le début des études. Dès 1838, Champollion, préfaçant le Dictionnaire de la langue berbère de Venture de Paradis, établissait une parenté entre cette langue et l'Égyptien ancien. D'autres, plus nombreux, la rapprochaient du sémitique. Il fallut attendre les progrès décisifs réalisés dans l'étude du Sémitique ancien pour que M. Cohen proposât, en 1924, l'intégration du berbère dans une grande famille dite Chamito-Sémitique qui comprend en outre l'Égyptien (et le Copte qui en est sa forme moderne), le Couchitique et le Sémitique. Chacun de ces groupes linguistiques a son originalité, mais ils présentent entre eux de telles parentés que les différents spécialistes finirent par se rallier à la thèse de M. Cohen.

Ces parallélismes ne sont pas de simples analogies lexicales ; ils affectent la structure même des langues comme le système verbal, la conjugaison et l'aspect trilitère des racines, bien qu'en berbère de nombreuses racines soient bilitères, mais cet aspect est du à une "usure" phonétique particulièrement forte en berbère et que reconnaissent tous les spécialistes. Ce sont ces phénomènes d'érosion phonétique qui, en rendant difficiles les comparaisons lexicales avec le Sémitique, ont longtemps retenu les Berbérisants dans une attitude "isolationniste" qui semble aujourd'hui dépassée.

Quoi qu'il en soit, la parenté constatée à l'intérieur du groupe Chamito-sémitique entre le berbère, l'égyptien et le sémitique, ne peut que confirmer les données anthropologiques qui militent, elles aussi, en faveur d'une très lointaine origine orientale des Berbères.


# Posté le mardi 24 juillet 2007 16:44
Modifié le lundi 10 mars 2008 10:34

HISTOIRE DU PEUPLE BERBÈRE

PREHISTOIRE :
6500 - 7000 av J.C. : Civilisation Capsienne, apparition des Protoméditerranéens.
6500 - 2000 av J.C. : Développement des civilisations néolithiques en Afrique du Nord.
3000 : Arrivée des Méditerranéens au "Sahara" (vers 3000 av J.C.), début des relations avec les pays européens.
IVè millénaire av. J.C. : Peuplement de l'Afrique du Nord.
1200 : Installation Phénicienne.

800 - 146 av. J.C. : CARTHAGE
450 av. J.C. : Carthage se constitue un Empire Africain.
396 av. J.C. : Les Lybiens et Numides révoltés s'emparent de Tunis.
379 av. J.C. : Nouvelle révolte des Libyens.
311 - 307 av. J.C. : Expédition d'Agathocle en Afrique, Ailymas, roi des Numides Massyles.
264 - 146 av. J.C. : Rome contre Carthage.
238 - 237 av. J.C. : Guerre des Mercenaires et des Numides, Naravas, prince numide.
Avant 220 - 203 av. J.C : Règne de Syphax, roi des Numides Masaessyles, qui en 203 s'empare du Royaume Massyle.

IVè siècle - 46 av. J.C. : ROYAUME NUMIDE DES MASSYLES
203 - 148 av. J.C. : Règne de Massinissa qui unifie la Numidie et s'empare d'une partie du territoire de Carthage.
200 : Massinsissa, roi des Numides, s'étend au détriment des Carthaginois.
146 av. J.C. : Destruction de Carthage, fondation de la Province romaine d'Afrique (nord-est de la Tunisie actuelle).
148 - 118 av. J.C. : Règne de Micipsa.
118 - 105 av. J.C. : Règne deJugurtha, lutte contre Rome, la parie occidentale de la Numidie passe aux mains de Bocchus, roi des Maures.
Avant 203 - 33 av. J.C. : Dynastie maure des Bocchus (Baga, Bocchus I, Sosus, Bocchus II et Bogud)
109 : Jugurtha bat les Romains.
105 - 46 av. J.C. : Dynastie des Massyles de l'Est (Gauda, Masteabar, Hiempsal II, Massinissa II et Juba Ier).
49 - 235 apr. J.C. : Berbérie Romaine.
46 av. J.C. : Défaite et mort de Juba Ier, création de la Province romaine d'Africa Nova (ex-Royaume de Numidie).
25 av J.C. : Dynastie Maurétanienne (Juba II, Ptolémée).
42 ap. J.C. : Création des Provinces romaines de Maurétanie Tingitaine (actuel Maroc) et de Maurétanie Césarienne (actuelle Algérie centrale et occidentale).

146 av. J.C. - 439 ap. J.C. : DOMINATION DE ROME
100 ap. J.C. - 400 ap. J.C. : Evangélisation d'une partie importante des Berbères en Africa et Numidie.
Vers 225 : Extension maximum de la domination romaine en Afrique.
250 - 300 : Grandes révoltes berbères en Maurétanie.
305 - 313 : Début du Donatisme.
372 - 376 : Révolte de Firmus, fonctionnaire impérial et chef africain.
396 - 430 : Saint-Augustin, évêque d'Hippone (Thagaste, ex-Bône, actuelle Annaba).

439 - 533 : ROYAUME VANDALE
Vers 455 : Un chef berbère, Masties se proclame "empereur" dans l'Aurès.
Vers 470 : Arrivée de Tin Hinan au Hoggar, la lignée noble des Touaregs prétend descendre cette princesse, dont le tombeau a été retrouvé. • 508 - 535 : Masuna, roi des "Maures" et des "Romains" en Maurétanie Césarienne.

533 - 647 : DOMINATION DES BYZANTINS
Multiplication des principautés berbères
Pénétration des nomades chameliers néoberbères, les Zénètes, qui sont la plupart païens et certains judaïsés.
647 : Apparition des ARABES en Ifriqiya (Africa). Bataille de Sufetela (Sbeitla).
670 : Fondation de Kairouan par Oqba, qui commence la conquête, la légende veut qu'il se soit rendu jusque sur les rivages de l'Océan.
683 - 686 : Koceila organise la résistance berbère et devient pour trois ans le maître de l'Ifriqiya.
695 - 702 : La Kahéna, reine des Djerawa, rejette les Arabes en Tripolitaine, pratique la politique de la terre brulée, mais elle est finalement vaincue et, avant d'être tuée, "invite" ses fils à rejoindre le rang des vainqueurs.
711 : Sous la conduite de Tariq (nom musulman de ce berbère), des contingeants berbères musulmans traversent le détroit de Gibraltar (Djebel-el-Tariq) et détruisent le royaume wisigothique d'Espagne.
Vers 670 - vers 750 : Islamisation des Berbères, développement de la doctrine kharedjite.
750 - 780 : Révolte kharedjite, en Ifriqiya.

800 - 909 : EMIRS AGHLABITES EN IFRIQUIYA

776 - 909 : DYNASTIES ROSTEMIDE, ROYAUME KHAREDJITE DE TAHERT EN BERBERIE CENTRALE

757 - 922 : DYNASTIE IDRISSIDE AU MAROC
809 : Fondation de Fès par Idris II.
893 : Abou Abd Allah prêche la doctrine chiite chez les Kettama (Berbères Sanhadja de Petite Kabylie).
902 - 910 : Conquête de la Berbérie centrale et de l'Ifriqiya par les Chiites Kettama.

910 - 973 : DYNASTIE CHIITE DES FATIMIDES
913 - 913 : Première expéditions en Espagne.
922 : Conquête du Maghreb-el-Aqsa (Maroc) par les Miknassa au nom des Fatimides.
940 - 947 : Révolte kharedjite d'Abou Yazid (l'Homme à l'âne).
969 - 973 : Conquête de l'Egypte et départ des Fatimides au Caire.

973 - 1060 : DYNASTIE ZIRIDE EN BERBERIE CENTRALE ET EN IFRIQIYA
973-984 : Règne de Bologguin, fondateur d'Alger.

1015 - 1163 : DYNASTIE HAMMADIDE EN BERBERIE CENTRALE
1061 - 1088 : Règne d'An Nasir, fondation de Bougie (Vgayeth).
1050 : Début des invasions hilaliennes, les tribus Riyah, Atbej, puis Solaim et Mâqil, renvoyées d'Egypte, pénètrent au Maghreb par vagues successives.
1050 : Prédication d'Ibn Yacine chez les Lemtouna du Shara, origine du mouvement almoravide.

1055 - 1146 : EMPIRE ALMORAVIDE (SAHARA OCCIDENTAL, MAROC, ALGERIE OCCIDENTALE, ESPAGNE)
1059 - 1088 : Règne de Youssof ben Tachfin, fondation de Marrakech.
1115 - 1120 : Ibn Toumert prêche la doctrine almohade.

1125 - 1269 : EMPIRE ALMOHADE (MAROC, ALGERIE, TUNISIE, ESPAGNE)
1145 - 1160 : Conquête de l'Afrique du Nord par Abd-el-Moumen, disparition des dernières communautés chrétiennes chez les Berbères.
1206 : Nomination de Abou Hafiç à la tête de l'Ifriqiya.

1236 - 1494 : ROYAUME HAFSIDE, IFRIQIYA, CAPITALE TUNIS
1228 - 1249 : Règne d'Abou Zakariya Yahia Ier.
1249 - 1277 : Règne d'Al Moutanacir, échec et mort de Saint Louis à Carthage (1270).
1318 - 1346 : Règne d'Abou Yahia Aboui Bekr.
1347 : Conquête peu durable de l'Ifriqiya par le Mérinide Abou l'Hassan.
1383 - 1434 : Règne d'Abou Faris dont la domination s'étend d'Alger à Tripoli.
1480 - 1493 : Décadence Hafside.

1236 - 1554 : ROYAUME ZYANIDE, BERBERIE CENTRALE, CAPITALE TLEMCEN
1236 - 1287 : Yaghmorasen fonde le royaume Zyanide (ou Abdelwadide) avec l'aide des Arabes Hilaliens.
1299 - 1307 : Siège de Tlemcen par les Mérinides qui fondent Mansouria.
1337 : Prise de Tlemcen par le Mérinide Abou l'Hassan.
1350 - 1550 : Affaiblissement des Zyanides en lutte contre les Mérinides, les Hafsides, les Espagnols et les Turcs.
1554 : Prise de Tlemcen par les Turcs.

1258 - 1465 : ROYAUME MERINIDE, MAROC, CAPITALE FES
1258 - 1269 : Les Beni Merin éliminent les dernièrs Almohades.
1276 : Fondation de Fès Djedid.
1331 - 1351 : Apogée de la puissance mérinide sous Abou l'Hassan qui s'empare de Tlemcen et de Tunis.
1348 - 1358 : Règne d'Abou Inan.

1515 - 1830 : LES TURCS EN ALGERIE ET EN TUNISIE
1514 - 1516 : Le corsaire Aroudj s'empare de Djidjelli puis d'Alger.
1516 - 1533 : Son frère Khair ed-Din fonde la régence d'Alger dépendante de l'empire turc.
1534 : Khair ed-Din s'empare de Tunis.
1536 - 1568 : Lutte des Beylerbeys (gouverneurs turcs) contre les Espagnols.
1541 : Echec de Charles Quint contre Alger.
XVI et XVIIè siècles : Longue rivalité des "sultans" des Beni Abbas et des "rois" de Kouko en Kabylie alliés tantôt des Espagnols tantôt des Turcs.
1574 : Eudj Ali s'empare de Tunis tenu par les Espagnols.
1550 - 1650 : Siècle d'or de la course barbaresque.
1671 : Le gouvernement d'Alger est assuré désormais par des "deys" choisis sur place.
1590 - 1705 : A Tunis, les deys gouvernent au nom du sultan de Constantinople.
1705 - 1710 : A Tunis, les beys prennent le pouvoir et fondent la dynastie hussaïnite.
XVIIIè siècle : Déclin de la course et affaiblissement des Régences. Début du XIXè siècle : Difficultés accrues entre Alger et la France.
1830 : Prise d'Alger par les Français.

1465 - 1912 : LES DYNASTIES CHERIFIENNES DU MAROC
1465 - 1554 : Les sultans wattasides luttent contre les Portugais et les chérifs saadiens.
1540 - 1549 : Conquête du royaume par les Saadiens. Menaces turques.
1578 : Bataille des Trois-Rois, désastre portugais.
1578 - 1607 : Règne de Ahmed el-Mansour, conquête du Soudan, apogée des Saadiens.
1630 : Décadence saadienne, la zaouiya de Dial contrôle le centre du Maroc, affirmation de la puissance des chérifs alaouites au Talifalet.
1659 - 1672 : Règne de Moulay er-Rachid.
1672 - 1727 : Long règne de Moulay Ismaïl.
1727 - 1757 : Trente années d'anarchie.
1757 - 1790 : Règne de Si Mohammed ben Abd Allah.
1792 - 1822 : Règne de Moulay Sliman.
1822 - 1859 : Règne de Moulay Abd er-Rahman, difficultés avec la France.
1873 - 1894 : Règne énergique de Moulay el-Hassan.
1894 - 1908 : Règne de Moulay Abd el-Azziz, début de l'intervention française.
1908 : Début du règne de Moulay Hafid.
1911 : Le coup d'Agadir.
1912 : Traité de Fès organisant le protectorat français sur le Maroc.

L'EPOQUE FRANCAISE
1830 - 1857 : Conquête du nord de l'Algérie.
1852 - 1870 : Le second Empire. La politique du "Royaume Arabe" entre 1860 et 1870.
1871 : Grave insurrection en Kabylie, guidée par Mokrani et Haddad, déporté avec les siens au même moment que les communards en Nouvelle Calédonie.
1881 : Traité du Bardo instituant le protectorat français sur la Tunisie.
1882 - 1914 : Développement de la colonisation en Algérie et en Tunisie.
1900 - 1920 : Conquête du Sahara.
1912 - 1934 : Actions militaires au Maroc pour asseoir le protectorat et l'autorité du Maroc.
1914 - 1918 : Première Guerre Mondiale, part prise par l'Armée d'Afrique.
1927 - 1952 : Premier règne de Mohammed V au Maroc.
1930 - 1939 : Naissance des mouvements nationalistes.
1939 - 1945 : Deuxième Guerre Mondiale, débarquement anglo-américain au Maroc et en Algérie en 1942, Alger capitale de la France en guerre en 1943 - 1944, l'armée d'Afrique combat en Tunisie et en Italie, libère la Corse etg le sud de la France.
1945 : Mouvement insurrectionnel en, Algérie orientale, le 8 mai.

LES INDEPENDANCES
1955 : Indépendance du Maroc reconnue par le traité de la Celle-Saint-Cloud, retour de Mohammed V qui régne jusqu'en 1961.
1956 : Indépendance de la Tunisie qui devient une république en 1956.
1954. 1962 : Guerre d'Indépendance en Algérie.
1962 : Indépendance de l'Algérie qui devient une république démocratique et populaire.

LA LUTTE POUR L'IDENTITE BERRBERE
1871 : La révolte de la Grande Kabylie de Mokrani et de Haddad, des milliers de morts, confiscation de près de 1 million d'hectares, amende de 36 millions de franc-or, le souvenir en est véhiculée par le barde itinérent Si Mohand U'mhend.
1945 : La révolte sanglante en Petite Kabylie, la repression a fait au moins 10 000 morts.
1954 : Rebellion militaire et politique, les Kabyles paieront un lourd tribu à la guerre d'indépendance.
1962 : Evincés du pouvoir par Ben Bella et l'armée des frontières, les Kabyles sont en rebellion quasi permanente... troubles ou guerre civile de 1962 - 1965.
1975 - 1976 : repressions, arrêstations et tortures des Berbéristes par le régime de Boumedienne.
1980 : Printemps Berbère à Tizi-Ouzou (le 20 avril) durant lequel plusieurs centaines d'étudiants furent assassinés par les forces de l'ordre algériennes (CNS), les premiers manifestaient pour la reconnaissance officielle de la langue TAMAZIGHT, contre l'arabisation forcenée et l'intégrisme religieux.
1981 : Envoi par Chadli Bendjedid de troupes en Kabylie, officiellement, pour ce motif : "tentative de déstabilisation de l'état et de sa sécurité intérieure"
1991 : En 1991, la Kabylie et l'Algérois votent massivement pour "leurs" partis : le FFS et le RCD.
1998 : Le 25 juin, assassinat du chantre Kabyle, Matoub Lounes, chanteur et poète, porte parole de la cause berbère par un groupe d'hommes armés, communèment admis pou être des Islamistes du GIA, une autre thèse prétend que ces derniers sont des militaires envoyés et déguisés par le pouvoir en place à Alger.
1998 : En juillet (le 5), une loi portant sur la généralisation de l'utilisation de la langue arabe, entre en vigueur, ceci ayant secoué les régions berbérophones car remettant à des lendemains incertains leurs propre langue maternelle TAMAZIGHT.

# Posté le mardi 24 juillet 2007 16:38

histoire des berber





Histoire des Berbères
Qui sont les Berbères ? D'où viennent-ils ? Quelle est leur histoire ? Autant de questions sur un peuple, une culture, trop mal connus et pourtant si proches, intimement liés à l'Histoire de France, de l'Europe et de la Méditerranée

Quelques précisions...

Le nom que se donnent les Berbères est Imazighen (prononcer Imazirrene) pluriel de Amazigh (prononcer Amazir). Qui signifie " Homme libre " ; c'est aussi le nom symbolique de la lettre z (z de l'alphabet tifinagh des Imazighen), symbole revendicatif culturel. Berbère vient du latin barbarus et du grec barbaros : celui qui n'est pas grec. Les Kabyles sont les Berbères de Kabylie (en arabe Bilàd al qàba'il : pays des tribus), au nord de l'Algérie.


Géographie

Tamazgha (Terre des hommes libres) est la région où vivent les Imazighen. Autrefois très vaste, de l'Atlantique à l'Egypte et de la Méditerranée à la limite de l'Afrique noire. Toujours importante au XXIe siècle, la langue tamazight, plus ancienne langue connue d'Afrique du Nord, se parle dans une dizaine de pays jusqu'en Afrique sub-saharienne.

Environ 45% de la population d
u Maroc est berbérophone, 30% en Algérie, 21% en Libye, 1% en Tunisie. En Egypte, le berbère n'est plus parlé que dans l'oasis de Siwa, près de la frontière libyenne. Les touaregs, environ 400 000 nomades, occupent actuellement le nord du Mali, du Niger, du Nigeria et du Burkina Faso.

L'immigration Berbère en France, surto
ut Kabyle, compte environ 3 500 000 individus, ce qui fait du Berbère la langue territoriale la plus parlée dans l'Hexagone après le Français.

Actuellement, la po
pulation berbérophone mondiale est d'environ 26 millions de personnes, autant que tous les habitants de la Belgique et des Pays-Bas. Sans tenir compte des berbères d'Afrique du Nord qui se croient Arabes : En effet, le nombre de descendants de familles venues d'Arabie est faible en Afrique du Nord : malgré la forte implantation de cette langue, l'essentiel de la population du Maghreb est Berbère et l'ignore.



Préhistoire

Le pe
uplement du Maghreb est très ancien et se confond avec l'évolution de l'espèce humaine : nombreux sont les vestiges préhistoriques retrouvés en Afrique du Nord. Les ancêtres des Berbères étaient sur place dès la Préhistoire.

Environ 20 000 ans avant notre ère, les Ibér
o-Maurussiens ont laissé de nombreux vestiges de leur culture. Les préhistoriens les classent comme des Homo sapiens.

Avec la culture Capsienne, au Néolithique,
apparue entre 10 000 et 7000 ans avant J.C. jusque vers 4000 avant J.C., l'histoire Berbère démarre. Les Capsiens ont laissé de nombreuses traces archéologiques et surtout de superbes œuvres d'art, les plus anciennes d'Afrique. Leurs magnifiques gravures et peintures rupestres, retrouvées principalement au Sahara, dans les Tassili, offrent de troublantes analogies avec les motifs artistiques plus récents de la culture berbère. La plupart des historiens les considèrent comme Proto-Berbères. Leur civilisation offre de nombreux parallèles avec la Civilisation des Mégalithes Européenne et des échanges entre les deux cultures sont fort probables . Leur culture évoluera vers les cultures berbères de l'antiquité que nous connaissons : les Libou ou Libyens, les Garamantes, Gétules, Nasamons, Numides, Psylles, Maures..., dont les Egyptiens, les Grecs et les Romains nous ont parlé dans de nombreux écrits.


Antiquité

L'Egypte des pharaons s'est heurtée dès ses débuts,
vers 3100 avant J.C., aux populations Berbères qui lui était les plus proches. Elle leur donnait le nom de Libou (Libyens)

Sous le règne de Montouhotep II, phar
aon de la XIème dynastie (2060 à 2010 avant J.C.), les Libyens de la tribu des Tehenou occupent le Delta du Nil : les téhénou, cités sur les monuments égyptiens comme " à la face pâle blanche ou rousse avec des yeux bleus " venaient de la future Algérie et seraient vraisemblablement les ancêtres des Numides : leurs noms et ceux de leurs chefs rappellent exactement ceux des Numides de l'Histoire classique. Après de nombreux combats traversant les âges, ils s'installeront définitivement dans le delta du Nil sous le règne de Ramsès III, pharaon de la XXème dynastie : (1184 à 1153 avant J.C.).
950 avant J.C. : grand moment de l'histoire Berbère. L'Egypte est réduite à de nombreux petits royaumes rivaux. Un chef Téhenou, Sheshonk, va réunifier l'empire égyptien, en tant que premier pharaon de la XXIIème dynastie. Ses descendants de la XXIIème et de la XXIIIème dynasties régneront sur l'Egypte pendant 230 ans. Cette page de l'histoire marque le début du calendrier Berbère où l'an 2953 correspond à l'an 2003 de l'ère chrétienne. La Bible le cite, sous le nom de Sésac, pour avoir pris Jérusalem. Il fut l'un des Pharaons bâtisseurs du célèbre temple de Karnak

L'organisation politique de ces anciens Berbères a laissé peu de traces écrites. Il est probable qu'ils ont inventé la démocratie en même temps, si ce n'est avant les Grecs. Les djemaa, assemblées populaires régissant la vie de chaque village de façon démocratique, semblent être le modèle le plus répandu et le plus caractéristique de la société berbère depuis l'antiquité, avant même le VIème siècle avant J.C. selon certains historiens.
Carthage et les royaumes Berbères

Les P
héniciens, fondent Carthage vers 814 avant J.C. Ils poussent leurs bateaux jusqu'en Espagne. Pratiquant la navigation côtière, ils établissent le long des côtes africaines de nombreux comptoirs pour nouer des relations commerciales avec les populations. Ces comptoirs évolueront en villes, parmi lesquelles Bejaïa et Alger. Malgré son rayonnement sur le bassin sud-méditerranéen, Carthage limitera son autorité au littoral, et ne s'implantera jamais à l'intérieur de Tamazgha.

Les
Royaumes Berbères se forment, selon les versions, entre le VIème siècle et la fin du IIIème siècle avant J.C., et sont au nombre de trois. Le royaume des Massyles à l'est, celui des Massaessyles au centre et la Maurétanie à l'ouest.

Le royaume Massaessyle fut gouverné par le roi Siphax (avant -220 à -202). Le royaume Massyle, connut un grand essor sous legne de Massinissa (-206 à -148) qui unifia la Numidie (Alrie et Tunisie). La guerre entre Massinissa et Siphax fut parallèle à la 2ème guerre punique (-218 à -202) entre Rome et Carthage : la cavalerie et les éléphants montés des troupes de Siphax, allié à Carthage, contribuèrent fortement à la progression de l'armée d'Hannibal. Par la suite, Jugurtha (-111 à -105), petit-fils de Massinissa, fut sans doute le dernier roi berbère indépendant de Rome. Son personnage a inspiré de nombreux livres .

Les souverains Numides vont se succéder avec des relations variables vis à vis de Rome : Juba I (-60 à -46), Juba II (-25 à +23), Ptolémée (+23 à +40), A l'époque de Ptolémée, Tacfarinas dirigea la révolte des Numides contre Rome

Colo
nie Romaine...

" L
e Berbère ne s'enchaîne ni par la crainte, ni par les bienfaits " : Sallustre " La guerre de Jugurtha "

L'oc
cupation romaine, limitée aux plaines côtières, durera quatre siècles. Mais l'occupant n'arrivera jamais à gouverner les peuples berbères, réfugiés en grande partie derrière les limes (frontières militaires fortifiées des Romains en Afrique du Nord), hors d'atteinte du pouvoir de Rome.

Le
s territoires occupés de l'Algérie, durant cette période sont le " grenier " de l'Empire. Ils exportent des céréales, de l'huile, du vin, du marbre...

Au IIIè
me siècle, de puissantes confédérations berbères se forment. Rome, harcelée, finit, vers 285, par abandonner les deux Maurétanies sous le gne de l'empereur Dioclétien.

Le chri
stianisme s'implante dans le Maghreb dès le Ier siècle. Cette époque d'occupation voit naître des hommes célèbres chez les Berbères : Victor 1er, mort à Rome en 199, Pape de 189 à 199, Septime Sévère, (146 - 211),Empereur de Rome de 193 à 211, Caracalla, son fils (188 - 217), Empereur de 211 à 217 : il étendit la citoyenneté romaine à tout l'empire., Sévère Alexandre, (205 - 235), Empereur réputé pour sa tolérance, Saint Augustin, (354 - 430), un des plus grands théologiens de tous les temps.

Bien d
'autres personnalités berbères s'illustrent encore sous l'empire romain. Elles sont à découvrir pour quiconque veut se donner la peine de mener une recherche sur la culture amazigh.

L'occ
upation Vandale

429
: les Vandales, 200 000 environ, menés par Genséric, passent le détroit de Gibraltar. Ils progressent jusqu'à Carthage dont ils s'emparent. Le 2 juin 455, ils pillent Rome, puis retournent en Afrique.

Aidés
au début par les Berbères, heureux de se débarrasser de la tutelle de Rome, leurs méthodes de gouvernement les coupent vite des populations. Les révoltes se succèdent et en 533 , Gélimer, roi Vandale, est vaincu avec l'aide du général byzantin Bélisaire. Les Byzantins cherchent dans la foulée à conquérir la région.

Les Byz
antins

L
'occupation byzantine se limite aux cités qu'ils fortifient, près des côtes. Leur domination, sur des territoires qu'ils écrasent d'impôts, ne durera qu'un siècle. En 647, lorsque les Arabes pénètrent pour la première fois au Maghreb, c'est aux royaumes Berbères qu'ils se heurtent.

La lutte contre l'Islam : Koceila et la Kahena
Dès l
a mort du prophète, en 632, l'Islam est expansionniste. En 643, la Libye (actuelle) est conquise. En 647, les troupes arabes, conduites par Oqba, pillent l'Ifrikia (Maghreb actuel). La défense, mee par le roi Berbère Koceila, est difficile. En 683, il tue Oqba et s'empare de Kairouan. Mais les arabes reviennent et Koceila meurt au combat en 686. En 695, Hassan ibn No'man el Ghassani, à la tête de 40 000 Persans, prend Carthage.

Il se heurtera de suite aux troupes de la reine des Djeraoua (peuple des Aurès) : Dihya, surnommée la Kahena dont l'histoire légendaire a inspiré de nombreux romans..

Ay
ant totalement écrasé les armées arabes, reconquis l'Ifrikia, puis la totalité du Maghreb, elle fut finalement vaincue et décapitée par Hassan lui-même en l'an 701.

Di
hya, figure légendaire, fut le dernier souverain Berbère non musulman en Afrique du Nord.

L'Isl
am

Ap
rès la mort de La Kahena, l'Islam s'implante dans le Maghreb. En 711, 12 000 Berbères fraîchement convertis, commandés par le prince Tarik, passent le détroit de Gibraltar qui doit son nom à cette page d'histoire (Djebel Tarik : le rocher de Tarik). Ils remonteront jusqu'à Poitiers.

Côté afr
icain, les envahisseurs arabes se heurteront à des révoltes perpétuelles jusque vers 800, malgré l'islamisation, et finiront par laisser les Berbères se gouverner eux-mes. Le Maghreb prend sa configuration géopolitique moderne. L'Algérie est gouvernée par la dynastie Rostémide de 765 à 909 avec un rayonnement scientifique considérable. Le Maroc par les Idrissides, de 789 à 985. La Tunisie par les Aghlabides de 800 à 909 qui conquièrent Malte, la Sicile et Syracuse.

En
910, originaires de Kabylie, les Fatimides dominent l'Algérie, la Tunisie et l'Egypte où ils fondent Le Caire. Leur règne, apogée du Monde musulman, dure trois siècles, excepté en Tunisie où les Zirides gouvernent de 973 à1167. A cette époque, les Beni Hillal (fils de la Lune), arabophones venus d'Egypte, envahissent le Maghreb. Leurs descendants sont environ 2% au Maroc, 5% en Algérie et 15 à 20% en Tunisie. Ils imposent progressivement leur langue et sont à l'origine de l'arabophonie actuelle du Maghreb.

L
a dynastie Almoravide règne de 1035 à 1147 sur le Maroc, l'Espagne et l'Algérie occidentale. Elle laisse les plus beaux monuments de l'art musulman en Algérie.
De 1130 à 1269, l'Empire Almohade unifie le Maghreb et l'Espagne. A la fin du XIIIème siècle il se fractionne en trois dynasties berres : les Mérinides, les Abdelwadides et les Hafsides. Cette division se maintiendra jusqu'au Xme siècle.

Durant toute cette riode, les grandes conrations tribales ne se soumettront jamais vraiment aux pouvoirs centraux.

1
492 : reconquête de l'Espagne par les chrétiens. L'inquisition chasse des milliers de réfugs en Afrique du Nord, poursuivis par les Castillans. La sistance s'organise. De l'aide est demandée à l'Empire Ottoman. En fait d'aide, les Turcs s'installent au Maghreb, Maroc excep, jusqu'en 1830. Ils divisent la zone occupée en trois régences : Tripoli, Tunis et Alger désormais gouvere par un Dey.

Les Berres du Maroc, coins entre les Espagnols et les Turcs, résistent pendant toute cette période, gouvernés par les Sa'adiens puis par les Alaouites.

L'occupation française

1827 : Affaire de l'éventail : la France refuse de rembourser une dette, le Dey frappe le Consul de France avec un chasse-mouches. En représailles, la France établit un blocus naval devant Alger.

183
0 : Charles X, pour assurer son pouvoir en France prend Alger après trois semaines de siège. Malgré la résistance de l'Emir Abd el Kader, la France envahit l'Algérois en 1848.

Le
nom d'Algérie est donné à la zone occupée, par le ministère de la guerre français, en 1839. Les terres sont confisqes, volées aux habitants et les colons fraais s'installent.

L
a Kabylie n'est conquise qu'en 1857. Par la suite, les insurrections vont se succéder presque sans interruption, de 1858 à 1926.

La France occupe l'Algérie, la Tunisie et se partage le Maroc avec l'Espagne. l'Italie occupe la Libye.

Pendant la guerre de 1939 - 1945, les Algériens se battent pour la France Libre dont Alger est capitale de 1942 à 1944. La France promet l'inpendance à l'Algérie pour après la victoire.

M
ais la France ne tient pas sa promesse, la Kabylie se révolte le 8 mai 1945 à Setif. Soulèvement réprimé dans le sang : les victimes berbères se comptent par dizaines de milliers.

La révolution éclate en 1954. Après huit ans de guerre sanglante, l'Algérie acquière son indépendance en 1962.

A
ce jour, le gouvernement algérien qui a constamment mené une politique d'arabisation forcée, n'a toujours pas reconnu la culture Amazigh.
# Posté le mardi 24 juillet 2007 16:35
Modifié le vendredi 04 avril 2008 15:12

les kabylie

Quelles sont les origines des Berbères ? Ce sujet à fait l'objet de nombreuses controverses, voir des hypothèses les plus fantaisistes. Nous reprendrons ici quelques thèses célèbres, mais fausses, avant de nous en référer aux réponses beaucoup plus sérieuses des recherches historiques et anthropologiques modernes, qui réservent d'ailleurs quelques surprises.
Les origines mythiques
Les Berbères sont connus depuis la plus haute antiquité : les monuments de l'Ancien Empire en Égypte citent leur existence. Au treizième siècle avant Jésus Christ, les Berbères Libyens ont livré bataille contre les puissants Pharaons d'Égypte Minerpath et Ramsès III, comme l'attestent les textes de Karnak et de Medinet Habou. Mais ces textes ne disent rien de leur origine. Parfois, les Libyens furent aussi des alliés des Égyptiens, notamment sous Ramsès II.
Le premier qui émet une hypothèse est l'historien Grec Hérodote. Il affirme que les Libyens descendent des Troyens. Ils auraient cherché refuge en Afrique après la destruction de cette ville par les Hellènes.

Pour Sa
lluste - historien romain du 1er Siècle avant JC (83-35 avant JC) - les premiers habitants de l'Afrique du Nord étaient les Libyens et les Gétules, peuples très primitifs qui vivaient de chasse et de cueillette. Cette thèse se repose sur les livres du Prince Numide Hiempsal, que Salluste avait lu attentivement. Il prétend qu'ensuite, les Berbères se seraient mélangés aux Mèdes et aux Perses, populations qui auraient atteint l'Afrique du Nord en étant dirigés par le Demi Dieu Hercule en personne. Une partie de son argumentation se fonde sur des considérations étymologiques hasardeuses. Dans l'histoire qu'il prête au Berbères, on trouve de nombreuses affabulations. Cependant, quoi que l'on puisse en penser, l'illustre historien montre qu'il a rassemblé toutes les connaissances de son temps sur le sujet. D'ailleurs ses récits des histoires de Jugurtha et de Catilina, d'une rigueur remarquable, restent des références.

Plu
tarque reprend la thèse de Salluste, en plus embrouillée, puisqu'il y ajoute les Olbiens et les Mycéniens à la conquête de l'Afrique du Nord, toujours avec comme guide Hercule.

En
fait chez les historiens antiques, on ne trouve aucune méthodologie sérieuse. On ne peut donc pas leur reprocher de s'être trompés. Hérodote, Salluste comme Plutarque sont considérés comme de très grands intellectuels et érudits de l'Antiquité. Il ne faut donc pas s'étonner que les Berbères eux mêmes se revendiqueront souvent de leurs oeuvres, et accréditer ont leurs idées.



Les ori
gines Moyens orientales


Les Berbère
s seraient-ils venus de l'est de l'Afrique ? C'est ce que soutient Procope, un autre historien Romain, du sixième siècle de l'ère Chrétienne. Il affirme qu'ils sont d'origine Cananéenne, la conquête de cette région par Josué ayant entraînée une migration vers l'Ouest de nombreuses populations. Celles-ci, arrivées en Égypte, auraient été refoulées en Libye, et auraient ensuite peuplé le Maghreb. Il s'appuie sur des faits historiques qui ne sont en réalité que des légendes sans fondement. A la faveur de la conquête musulmane, les historiens arabes développent cette idée, et établissent des généalogies des Rois Berbères remontant très loin dans le passé. Ainsi, pour l'historien Al Bekri, Goliath ayant été vaincu par le Roi David, ses fils furent chassés de Palestine et refoulés vers la Libye par les Égyptiens. Ils auraient donné naissance aux Berbères. Ibn Khaldoun, auteur d'une volumineuse histoire des Berbères, montre l'incohérence de l'argumentation d'Al Bekri, et leur donne comme ancêtre Canaan, fils de Cham, lui même fils du patriarche Noé. Ainsi, avant l'Islamisation, les Berbères auraient été les prédécesseurs des Musulmans, et auraient une origine commune. On le voit, il s'agit clairement d'une vision plus que tendancieuse de l'histoire. Ces origines fabuleuses ont été pourtant parfois repris par certains historiens modernes. La linguistique a montré qu'il ne pouvait en rien en être ainsi, les langues berbères ne dérivant pas du fond sémitique commun aux langues juives et arabes, comme certains l'ont cru à tort.



L
es origines Européennes


Après la prise d'Alger en 1830, les français commencèrent à conquérir le sud de l'Algérie et découvrirent des dolmens dans la région de Béni-Messous. On cru d'abord à des ruines carthaginoises élevées par des mercenaires gaulois. Ensuite, on s'aperçut qu'ils avaient étaient édifiés par les autochtones. En 1863, s'appuyant sur cette découverte, l'historien A. Bertrand soutient que les Berbères sont en fait des Celtiques. Il croit pouvoir étayer son argumentation puisque, toujours selon lui, une proportion importante de la population Berbère présente un teint clair. On remarquera ici le côté idéologique de cette vision de l'histoire : une origine commune des Français et des Berbères légitime la colonisation. Quand à la peau claire de certains berbères, c'est simplement oublier que les Romains, les Byzantins, les vandales venu des territoires germains ont occupés longtemps le pays, et ce sont mêles à la population. De plus, même si nous sommes très réticent au concept de race - la génétique ayant démontrée qu'il s'agit d'un concept suranné - les populations du Maghreb et de tout le pourtour méditerranéen sont des blancs. Il n'y a donc là aucune preuve de leur origine européenne. A partir de là, les Berbères se voient attribués toutes sortes d'origines, plus fantaisistes les unes que les autres. On y voit des descendant des Grecs, des Gaulois, des Gaéliques, voir du vieux peuple Indo-européens. Berbères et Européens auraient ainsi eu en commun comme ancêtres les peuples d'Inde... Une foule d'auteurs se sont appuyés sur une myriade de pseudo-analyses linguistiques dont aucune ne résiste à une critique un tant soit peu sérieuse.



Le
s origines Fantaisistes


Il
serait ici trop long d'évoquer toutes les autres hypothèse concernant l'origine des Berbères. Mèdes, Perses, Syriens, Égyptiens, Indiens, Yéménites, Basques, Peuple venu de l'Europe Centrale, pratiquement tout y passe. Certains auteurs ont même vu en eux des descendant des survivants de l'Atlantide, continent disparu qui, selon Platon, se serait englouti en des temps lointains dans l'Océan Atlantique ! Il ne manque que les extra-terrestres dans ce tableau pour le moins pittoresque. Un historien ironisera même sur ce point, faisant valoir qu'il est plus simple de savoir quels sont les peuples à l'origine des Berbères que ceux qui ne le sont pas. Toutes ces hypothèses farfelues montrent qu'avant les recherches modernes, nous ne savions que très peu de chose sur l'origine des Berbères.



Les résu
ltats de la Préhistoire et de l'Anthropologie


Les travaux des préhistoriens modernes et les progrès considérables de l'ethnologie ont récemment donné une réponse définitive. En fait, il est maintenant établie que que les Berbères sont tout simplement originaire... de Berbèrie. Certes, il est admis à peu près unanimement que la naissance de l'humanité a eu lieu en Afrique centrale. Comme tous les humains, les Berbères en proviennent, évidemment. Cependant, les recherches paléontologiques montrent que le peuplement du Maghreb est très ancien. Dès le paléolithique supérieur, cette région est habitée par les hommes de Mechta à partir de -10 000 avant J-c. Encore proche des Cro-Magnon, leurs restes les plus anciens ont été retrouvés à Mechta El Arbi, localité proche de Constantine. Ils peuplent ensuite tout le Maghreb. Il sont supplantés progressivement par les Capsiens (à partir de -8 000 avant J-c), dont les traces les plus anciennes ont été retrouvés en Tunisie, et qui datent de huit mille ans avant Jésus Christ. Les Capsiens sont des Homo Sapiens. Ils sont lesritables ancêtres de toutes les civilisations méditerranéennes, même si, minoritairement, les hommes de Mechta continuent d'exister, mêlés à la population, pendant plusieurs milliers d'années, jusqu'à l'antiquité romaine. Ainsi, dans des nécropoles des premiers siècles après Jésus Christ, près de dix pour cent des squelettes retrouvés sont encore de morphologie Mechtoïde. Il est donc maintenant certains que l'Homo Sapiens s'installe au Maghreb soit à la même époque qu'en Europe, soit, et c'est l'hypothèse la plus probable, au moins plusieurs centaines d'années auparavant. Il est même possible qu'ils soient à l'origine des peuples européens, en Espagne, en France et en Italie, puisque la Mer Méditerranée n'était pas un obstacle insurmontable pour les hommes de cette époque. Cette hypothèse reste toutefois controversée : il est en effet tout à fait possible que le peuplement de l'Europe se soit fait à la fois par le Sud (les Capsiens) mais aussi par l'Est (les Indo-européens), dont on sait que le peuplement est également très ancien. Les Capsiens se montrent, dès le paléolithique, très habiles à la confection d'objets - haches, burins, pressoirs - qui témoigne d'une civilisation déjà très avancée. Mais surtout, ils laissent un art remarquable, sous forme de gravures rupestres, dont les motifs annoncent l'art berbère. Ils descendent ensuite vers le sud, et atteignent le Sahara. Là, ils rencontrent les hommes de race noire, comme en attestent les peintures murales qu'ils nous ont laissé .Leur civilisation dura sans doute six mille ans, puisque l'on pense qu'elle fut supplanté vers - 2000 avant J-c par la première civilisation Berbères, qui en est selon toute vraisemblance issue. Au Néolithique, les principaux éléments fondateurs de la culture Berbère sont déjà en en place. Langue, Art, Religion, Rites Funéraires, cette civilisation se montre d'une richesse culturelle remarquable. Le Néolithique est d'ailleurs une véritable révolution. Outre la naissance de l'agriculture et de l'élevage, on sait que dès cette époque des échanges se développent entre les populations d'Europe et d'Afrique. Il est donc clairement établi que les Berbères peuplent le Maghreb depuis environ dix mille ans. Cette ancienneté fait que leur civilisation est l'un des plus anciennes connues. A ce titre, ils méritent le titre d'autochtone du Maghreb.
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# Posté le mardi 24 juillet 2007 16:30
Modifié le samedi 15 décembre 2007 13:02

histoire berber

Histoire des Amazighes ( Berbères ) : exposé sommaire.jeudi date_jnum3 mars 2004, par Agafay BENNANA




Les Berbères forment un groupe de peuples dont on retrouve les traces, à diverses époques, depuis l'Égypte jusqu'à l'Atlantique et du Niger à la Méditerranée.

Aussi loin qu'on remonte dans le passé, l'Afrique du Nord est occupée par des Berbères, connus des historiens grecs et latins sous des noms divers : Garamantes du Sahara, Maures et Sanhadjas implantés dans la zone intermédiaire Algérie-Mali-Maroc, Numides et Gétules de Tunisie et d'Algérie, Nasamons et Psyles de Lybie, ...etc.

Des Phéniciens aux Romains

Jusqu'à l'époque romaine, ces peuples, apparentés au moins par la langue, persévéraient dans une civilisation néolithique. Pasteurs, agriculteurs, ils vivaient divisés en tribus ; la division restera un fait constant et essentiel de l'histoire berbère.A la variété originelle du peuplement, se sont superposées, au fil de l'histoire, les influences de plusieurs civilisations.Le Maroc que le seul détroit de Gibraltar sépare de l'Europe, fut au moins dès le IIIème millénaire en relation avec l'Espagne.

Dès la fin du IIème millénaire av. J.-C. , les Berbères entrèrent en relation commerciales intermitentes avec les Phéniciens qui fondèrent ,vers 1100 av. J.-C., sur la côte atlantique le comptoir de Lixus (auj. Tchemmich), puis plus près du détroit, ceux de Tingis (Tanger) et d'Abyle. Les Berbères subirent ensuite l'influence de Carthage qui fonda des comptoirs sur la côte méditerranéenne. Ainsi les carthaginois, qui ont commercé plusieurs siècles avec les Berbères, leur ont apporté non seulement l'or, la vigne et certaines méthodes agricoles, mais aussi de nouveaux rites religieux.

Au IIIème s. av. J.-C., sur le peuple des Massyles établis entre Constantine et l'actuelle frontière tunisienne, régnait le premier roi berbère connu Masinissa qui avec l'alliance des Romains, fonda le royaume de Numidie. En échange Massinissa apporta son aide à Scipion l'Africain contre Carthage.A la chute de Carthage, en 146 avant J.-C., les romains se sont imposés militairement dans tout le Maghreb ; mais leur pénétration , limitée de surcroît à la partie nord n'a sûrement pas eu la même portée que la précédente.

Les Berbères et l'Antiquité Romaine :

La province romaine d'Afrique se limitait à l'origine au territoire carthaginois annexé par Rome et borné à l'ouest par la "Fossa regia" qui, partant de Tabarka , se dirigeant vers le sud est pour atteindre la côte au sud de la ville actuelle de Sfax. A l'ouest de cette Afrique romaine, s'étendait , au IIème s. av. J.-C., le royaume de Numidie contre lequel Rome dut mener une dure guerre au temps de Jugurtha (113/105 av. J.-C.), un autre grand-chef berbère, petit fils de Massinissa. Une partie du royaume de Numidie, après la défaite de Jugurtha, fut donné par Rome au roi de Mauritanie Bocchus qui livra Jugurtha aux Romains.

A l'époque des guerres civiles, le roi numide Juba Ier fut entraîné dans l'alliance avec les pompéiens contre César.Ce dernier, après avoir vaincu les pompéiens à Thapsus (46 av. J.-C.), modifia l'organisation de l'Afrique romaine en créant à l'ouest de la "Fossa regia" , avec l'ancien royaume de Numidie annexé, une "Africa nova". Les deux provinces d' "Africa vetus" et d' "Africa nova" d'abord confié à Lépide, passèrent en 36 av. J.-C. à Auguste, qui annexa le reste de la Numidie (25 av. J.-C.) et dédommagea le fils de Juba Ier, Juba II, Berbère romanisé, savant, collectionneur d'objets d'art, en lui donnant la Mauritanie. Mais celle-ci fut à son tour incorporée à l'Empire en 40 apr. J.-C. dans le but d'essayer d'étendre la domination romaine à tout le Maghreb, les Berbères se soulevèrent, obligeant finalement les Romains à se cantonner dans la partie septentrionale du Maroc actuel, où ils établirent les colonies de Tingis, Zilis, Lixus et Volubilis ; la civilisation berbère se perpétuant dans les montagnes.

Dès le milieu du IIIème s., l'autorité romaine fut gravement menacée par l'agitation des tribus berbères, et, en 285, Dioclétien dut ramener le "limes" romain en cette région à l'oued Loukkos, ce qui réduisait en fait la Mauritanie Tingitane à la région de Tanger, qui fut rattachée administrativement à la province espagnole de Bétique. Malgré les incessants soulèvements des tribus berbères, les romains surent donner au maghreb un remarquable essor économique, construisirent les villes de Volubilis , Tipasa, Timgad, Lambèse, Cherchell,...etc et pratiquèrent une politique d'assimilation qui ne réussit pourtant pas à faire disparaître l'originalité berbère.

Les vandales qui envahirent et ruinèrent le maghreb au Vème siècle ne parvinrent pas plus à soumettre les Berbères. Le maghreb reconquis par Bélissaire (entré à Carthage après sa victoire sur Gélimer à Tricamarum en 533), resta sous l'autorité nominale de l'empire d'Orient pendant plus d'un siècle.Mais la domination byzantine se fit rapidement détester par les excès de sa fiscalité, et l' afrique du Nord tomba dans l'anarchie au VIIème s.

Les Berbères au temps des conquêtes arabes :

A la conquête arabe, qui commença en 647, à cette date les fidèles de Mahomet sont en Tunisie. Les arabes furent au début peu nombreux : au VIIème s., 5 000 à 10 000 combattants de Sidi Okba Ben Nafi, le premier conquérant, puis les 100 000 à 200 000 membres des tribus de Beni Hilal et Beni Soleim, qui au XIème s. achevèrent de convertir le Maghreb. Les Berbères opposèrent une longue résistance, incarnée par le chef de l'Aurès, Koçaila, puis par une femme, la Kahina, que certains historiens ont pu surnommer la Jeanne d'Arc berbère (vers 695). Sans doute les Berbères devaient-ils, au cours du VIIIème s., se convertir massivement à l'islam : en 711 un groupe de Berbères fraichement convertis passent sous les ordres de Tariq le détroit de Gibraltar. Mais leur résistance continua de s'exprimer par leur adhésion à l'hérésie kharidjite , ce qui déclencha en 740, une nouvelle révolte. Les Arabes ne parvinrent à rétablir la situation qu'à partir de 761. Renonçant alors à la politique d'exactions des débuts de la conquête, ils laissèrent s'épanouir le particularisme berbère dans les royaumes des Idrissides , des Aghlabides et de Tahert . Cependant l'entente ne devait pas durer longtemps entre Arabes et Berbères : à la fin du IXème s. , ceux-ci se rallièrent à une nouvelle hérésie religieuse, le chiisme, très différente du kharidjisme, mais qui leur permettait d'exprimer leur soif d'indépendance. Cependant, après le départ des Fatimides pour Le Caire et les ravages de l'invasion hilalienne, c'est au nom du sunnisme orthodoxe que la réaction des Berbères s'exprima, au XIème s., avec les Almoravides , puis avec les Almohades . Ces derniers réalisèrent - fait unique dans l'histoire - l'unité du Maghreb, mais, au XIIIème s., l'Empire almohade commença à se fractionner pour donner naissance à de nouvelles dynasties berbères, les Mérinides de Fès, les Abdelwadides de Tlemcen, les Hafsides de Tunis.

Tout en opposant aux envahisseurs successifs des résistances farouches, les Berbères seront rarement capables de former des Etats organisés : ils se latiniseront, avant de s'islamiser, mais en affirmant leur particularité à travers des civilisations d'emprunt.

Les Berbères dans le monde d'aujourd'hui :

On ne peut après ce que l'on vient de lire nier l'existence d'une certaine authenticité berbère : il existe au Maghreb un particularisme berbère comme il existe en France un particularisme corse ou breton. Dans trois des Etats d'Afrique du Nord, les berbèrophones ont presque disparu : en Libye où ils ne survivent que dans le djebel Nafoussa, en Tunisie où ils peuplent une douzaine de villages épars à Djerba et autour des Matmata, en Mauritanie où subsistent 2 ou 3 tribus dans la région de Nouakchott.

Mais ils représentent env. 50 % de la population marocaine où ils sont essentiellement concentrés dans le Rif, l'Atlas, le Sous. En Algérie ils sont assez fortement implantés en Kabylie, dans l'Aurès avec les villages chaouias, les cités du Mzab et les tribus touaregs de l'extrême Sud sont des Berbères métissés de Noirs. L'affirmation culturelle berbère date surtout de la constitution des États indépendants du Maghreb. Les nouveaux pouvoirs ont cherché plutôt à réaliser l'unité nationale qu'à aider les aspirations régionalistes. Leur adhésion à la Ligue arabe, leur politique d'arabisation fondée sur une scolarisation intensive ont suscité un sursaut berbère. Celui-ci s'est manifesté, en 1976, lors du projet algérien de charte nationale qui ignorait volontairement l'identité berbère. Tizi-Ouzou fut le siège de plusieurs manifestations violentes depuis 1980.Les berbèrophones ne se satisfaisaient pas du seul département "Cultures et dialectes populaires" de l'université d'Alger et nombreux étaient ceux qui réclamaient l'introduction du berbère à l'école. Mais la revendication culturelle des Berbères ne semble pas faire barrière à la notion politique et économique du "grand Maghreb
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# Posté le mardi 24 juillet 2007 16:25
Modifié le jeudi 13 décembre 2007 12:47